Étude qualitative sur les conditions d’exercice du métier d’assistant familial

Les dossiers de la DREES

N° 134

Paru le 09/01/2026

Elise Amar, Tedjani Tarayoun, Klara Vinceneux (Drees)
Au sein du système de protection de l’enfance, l’accueil familial constitue l’un des principaux modes d’accueil des enfants pris en charge au titre de l’aide sociale à l’enfance (ASE). Les données présentées dans ce Dossier de la Drees sont issues d’une enquête qualitative menée auprès d’assistants familiaux en 2016, en amont de l’enquête quantitative de 2021, et portent sur les conditions d’exercice de la profession d’assistant familial. Cette enquête permet de décrire le parcours et le métier des assistants familiaux en France.

 

Dans le système de protection de l’enfance, l’accueil familial constitue l’un des principaux modes d’accueil des enfants pris en charge au titre de l’aide sociale à l’enfance (ASE). En 2021, en France métropolitaine, 38 % des jeunes confiés à l’aide sociale à l’enfance (ASE) sont accueillis par 38 000 assistantes familiales. 

L’étude qualitative menée en 2016 dévoile que l’accession au métier s’est rarement faite par hasard : il s’agit d’une profession à laquelle on accède le plus souvent par proximité. Cette proximité peut être amicale, familiale ou plus lointaine. Elle peut également être professionnelle : une part élevée des personnes rencontrées étaient auparavant assistantes maternelles et ont connu le métier par la proximité historique entre les deux professions. L’envie d’exercer ce métier est également parfois induite par une histoire personnelle (parcours à l’aide sociale à l’enfance, perte des parents durant l’enfance, etc.). 

L’exercice de la profession nécessite l’obtention d’un agrément auprès du conseil départemental. En 2016, bien que le passage de l’agrément soit, le plus souvent, considéré comme nécessaire et légitime par les assistants familiaux rencontrés, il constituait généralement une étape difficile à vivre pour les candidats. La plupart des professionnels interrogés soulignent l’opacité de la procédure, la crainte d’être jugé, ou encore l’inquiétude liée à l’implication de l’ensemble de la famille. 

La loi de 2005 a permis d’étoffer le dispositif de formation des assistantes familiales, en renforçant les heures de formation obligatoires – désormais de 300 heures – et en instituant un Diplôme d’État d’Assistant Familial (DEAF), auquel peuvent prétendre les professionnelles après avoir suivi la formation. L’obtention de ce diplôme n’est cependant pas indispensable à l’exercice de la profession. 

Néanmoins, le processus de professionnalisation encouragé par la loi de 2005 semble avoir accompagné des évolutions notables concernant certaines conditions d’exercice du métier. La communication avec les équipes socio-éducatives et le partage des informations sont, aujourd’hui plus fluides qu’il y a quelques années. Les évolutions constatées dans le métier se donnent également à voir dans la relation nouée avec les parents des enfants accueillis. 

La spécificité du métier tient également à la singularité de ses conditions d’exercice. L’ensemble des droits et dispositions habituellement attachés à la réglementation du travail se trouvent tempérés par les principes de bien-être et de sécurité de l’enfant accueilli. Le métier n’est, dans les faits, pas soumis à la réglementation usuelle du temps de travail, eu égard à la fonction permanente de l’accueil. Le droit aux congés doit néanmoins, en principe, permettre d’offrir aux assistantes familiales des temps de répit en l’absence des enfants accueillis. Dans la pratique, les choses sont souvent plus complexes. Ainsi, les professionnels interrogés en 2016 indiquent ne poser que très rarement la totalité de leurs congés, la plupart d‘entre eux se limitant à deux ou trois semaines annuelles. La plupart optait pour une alternance entre des congés sans les enfants accueillis et des temps de vacances tous ensemble, afin de concilier moments privilégiés avec les enfants et temps de repos. 

L’autre forte singularité de la profession tient à sa précarité et à la forte asymétrie qui caractérise la relation entre les assistantes familiales et leurs employeurs. Les droits attachés à la profession restent circonscrits par un principe de précaution, nécessaire pour garantir la sécurité des enfants accueillis. 

L’accueil familial interroge, par bien des aspects, les frontières traditionnelles entre sphère privée et sphère professionnelle. En amont des accueils, les assistantes familiales ont la possibilité d’énoncer un certain nombre de préférences quant au profil des futurs enfants accueillis, visant à construire un projet d’accueil en accord avec leurs souhaits et leur configuration familiale. Néanmoins, une fois ces préférences énoncées, leur respect n’est pas nécessairement assuré. En dépit du fait que les propositions ne correspondent pas toujours aux souhaits initiaux des assistantes familiales, il est rare que ces derniers opposent un refus à leur service employeur. 

Bien que l’assistante familiale soit la seule personne habilitée à la prise en charge éducative par son service employeur, dans la pratique elle partage avec son conjoint les tâches quotidiennes qu’implique la prise en charge des enfants. Les proches et membres de la famille sont ainsi souvent amenés à créer de forts liens d’attachement avec eux. Enfin, les enfants des assistantes familiales se trouvent également pleinement impliqués. Selon leur âge et la durée des accueils, la nature et l’intensité des liens noués peuvent être extrêmement variables, allant de relations quasiment fraternelles à des relations beaucoup plus ténues et distancées. Quoi qu’il en soit, les assistantes familiales soulignent, dans la majorité des cas, que leur profession a évidemment eu des conséquences pour leurs enfants. 

En définitive, la doctrine entourant l’accueil familial semble loin d’être claire, révélant une diversité de conceptions du métier qui ne facilite pas le positionnement des professionnelles. Ainsi, d’un employeur à l’autre, mais également d’une travailleuse sociale à l’autre, les consignes relatives à la bonne posture à adopter peuvent être distinctes. Le lien affectif peut être encouragé, comme il peut à l’inverse être freiné au titre du bien-être de l’enfant. Pour la majorité des assistantes et assistants familiaux interrogés, le rapport à la profession s’est construit au cours du temps, avec l’expérience.

Pour en savoir plus

Sources, outils & enquêtes