Recours à la vaccination contre le Covid- 19 : de fortes disparités sociales

Nathalie Bajos (Inserm/EHESS), Vianney Costemalle, Salomé Leblanc (DREES), Alexis Spire (CNRS), Jeanna-Eve Franck (Inserm), Florence Jusot (Paris-Dauphine), Antoine Sireyjol, Josiane Warszawski (Inserm)

Études et résultats

N° 1222

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) publie une étude sur les inégalités sociales quant au recours à la vaccination contre le Covid-19. Ce constat est révélé à partir des données issues du troisième volet de l’enquête Épidémiologie et conditions de vie (EpiCov) élaborée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et la DREES.

 

Le troisième volet de l’enquête EpiCov a collecté les réponses de 85 032 enquêtés ayant déjà répondu aux deux premiers volets de l’enquête (en mai et novembre 2020). Ce troisième volet s’est déroulé six mois après le début de la campagne de vaccination contre le Covid-19, entre le 24 juin et le 9 août 2021, alors qu’une majorité des adultes était déjà vaccinés. L’étude porte sur le recours et les intentions de vaccination de la population âgée de 18 ans et plus en dehors des résidents d’Ehpad.

Des inégalités sociales marquées dans le recours à la vaccination contre le Covid-19 selon la situation socio-économique des individus et leur parcours migratoire
Les données du troisième volet révèlent que le taux de vaccination varie selon le niveau de diplôme, la catégorie socioprofessionnelle, ou encore le niveau de revenu. En juillet 2021, 70 % des personnes sans diplôme étaient vaccinées, contre 79 % chez celles ayant un diplôme égal ou supérieur à un bac+5. L’écart est encore plus important selon la profession : 65 % des ouvriers ou anciens ouvriers étaient vaccinés, contre 83 % des cadres ou anciens cadres. Enfin, plus de 30 points séparent le recours à la vaccination des personnes appartenant aux 10 % les plus modestes (55 % de vaccinés) de celles appartenant aux 10 % les plus aisés (88 %) (graphique). De même, les personnes immigrées originaires d’un pays hors d’Europe et leurs descendants sont moins vaccinées que l’ensemble de la population adulte, respectivement 59 %, 53 % et 72 %. Ces inégalités sociales de recours à la vaccination sont présentes indépendamment de l’âge ou de l’état de santé des personnes.

Des disparités territoriales dans la couverture vaccinale
Dans les départements et régions d’outre-mer (DROM) où s’est déroulée l’enquête, la couverture vaccinale apparaît nettement en-deçà des niveaux observés en France métropolitaine. Elle s’élève à 32 % en Guadeloupe, 28 % en Martinique et à 44 % à La Réunion contre 72 % en métropole. À noter que les mécanismes à l’œuvre quant au recours à la vaccination sont similaires à ceux observés en France métropolitaine. Ainsi, un jeune âge, un faible niveau de diplôme et une perception de sa situation financière considérée comme précaire sont associés à un moindre recours à la vaccination.

Des réticences à la vaccination chez les personnes défiantes envers le gouvernement
Les personnes qui n’ont pas du tout confiance dans l’action du gouvernement pour limiter la propagation du virus sont 51 % à être vaccinées contre 85 % chez celles qui ont tout à fait confiance, soit un écart de 34 points. L’écart est plus élevé encore dans les trois DROM enquêtés : 16 % contre 61 %. Le fait de ne pas avoir du tout confiance dans la capacité des scientifiques à trouver des solutions pour limiter la propagation du virus est également associé à une moindre vaccination : seulement 34 % des personnes déclarant ne pas avoir confiance sont vaccinées, contre 84% pour celles déclarant avoir tout à fait confiance.

Un parent sur trois a peur que son enfant attrape le Covid-19 et tombe gravement malade
Plus de la moitié des parents (52 %) déclare avoir peur que leur enfant mineur soit infecté par le virus : un tiers (32 %) craint qu’il puisse tomber gravement malade et un cinquième (20 %) qu’il transmette cette infection à d’autres personnes sans tomber gravement malade lui-même. Par ailleurs, un tiers pense que son enfant peut attraper le Covid-19 sans conséquences graves et plus d’un parent sur dix (13 %) estime qu’il ne peut pas l’attraper, soit parce qu’il serait trop jeune, soit parce qu’il l’aurait déjà attrapé.

Plus d’un quart des parents ne sont pas prêts à faire vacciner leur enfant
Interrogés en juillet 2021 pour savoir s’ils sont prêts à faire vacciner leur enfant, 28 % des parents répondent qu’ils ne le sont « sans doute pas » ou « sûrement pas » et 16% disent ne pas savoir. La proportion de parents qui est dans une de ces situations varie selon l’âge de l’enfant : les parents dont l’enfant est âgé de 3 ou 4 ans sont 61 % à ne pas savoir ou à ne pas y être favorable, 50 % si l’enfant est âgé de 5 à 11 ans, et 31 % si l’enfant est âgé de 12 à 17 ans. Le statut vaccinal du parent ou son intention de se faire vacciner lorsqu’il ne l’est pas est le facteur le plus fortement associé au fait d’être favorable ou non à la vaccination de son enfant. Plus de huit parents qui ne souhaitent pas se faire vacciner sur dix sont également défavorables à la vaccination de leur enfant de 5 à 11 ans, alors que cette proportion est d’un quart chez les parents vaccinés.

À propos de la DREES
Mise en place par le décret du 30 novembre 1998, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) fait partie avec l’Insee et les autres services statistiques ministériels du service statistique public (SSP). Son rôle est de fournir des informations fiables et des analyses dans les domaines du social et de la santé. L’action de la DREES s’appuie, depuis plus de 20 ans, sur un engagement déontologique dont les principes, codifiés et partagés au niveau européen, sont l’indépendance professionnelle, l’engagement sur la qualité, le respect du secret statistique, l’impartialité et l’objectivité. La DREES est aussi un service statistique ministériel dont la mission prioritaire est d’accompagner et d’évaluer les politiques publiques sociales et sanitaires.

À propos de l’Inserm
Créé en 1964, l’Inserm est un établissement public à caractère scientifique et technologique, placé sous la double tutelle du ministère de la Santé et du ministère de la Recherche. Dédié à la recherche biologique, médicale et à la santé humaine, il se positionne sur l’ensemble du parcours allant du laboratoire de recherche au lit du patient. Sur la scène internationale, il est le partenaire des plus grandes institutions engagées dans les défis et progrès scientifiques de ces domaines.

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