Près d’un enfant sur six a eu besoin de soins de santé mentale entre mars 2020 et juillet 2021

Études et résultats

N° 1271

Paru le 20/06/2023

Jean-Baptiste Hazo (DREES), en collaboration avec Alexandra Rouquette (Inserm) et le groupe EpiCov
La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) publie une nouvelle étude sur les difficultés psychosociales des enfants et adolescents au premier semestre 2021. Cette étude apporte un éclairage tout particulier sur les disparités sociales qui accompagnent ces difficultés, sur leur retentissement dans la vie quotidienne des jeunes et sur les recours aux soins pour motifs psychologiques au cours de la crise Covid. Cette étude a été réalisée à partir du troisième volet de l’enquête Épidémiologie et Conditions de vie liées au Covid-19 (EpiCov). Des modules spécifiques ont été ajoutés dans ce troisième volet pour mesurer la santé mentale des adultes, les difficultés psychosociales des enfants âgés de 3 à 17 ans et les recours aux soins pour motifs psychologiques de ces deux populations. Cette étude est complémentaire des premiers résultats publiés ce jour par Santé publique France sur les troubles probables de santé mentale chez les enfants de 6-11 ans scolarisés du CP au CM2. Ils sont issus de la première enquête nationale sur le bien-être des enfants de 3 à 11 ans (Enabee) menée en 2022.


Chez les 3-17 ans, près d’un mineur sur dix présente des difficultés psychosociales, celles ci varient beaucoup selon l’âge et le sexe

En juillet 2021, l’enquête EpiCov a collecté auprès de 20 127 adultes parents, conjoints de parents ou assistants familiaux vivant avec au moins un enfant âgé de 3 à 17 ans des réponses au questionnaire parental sur les forces et faiblesses psychosociales de l’enfant (SDQ). Ce questionnaire permet, à partir de certains scores, d’estimer si l’enfant concerné par le questionnaire présente des difficultés psychosociales et quels en sont les éventuels retentissements sur la vie quotidienne de l’enfant et de la famille. En revanche, cet unique questionnaire parental ne permet pas de détecter la présence d’un trouble psychologique ou psychiatrique chez l’enfant concerné.

Les difficultés psychosociales, prises toutes ensembles, concernent 10 % des garçons et 7 % des filles âgés de 3 à 17 ans. Ces difficultés ont tendance à diminuer à mesure que les enfants grandissent, bien que leur retentissement sur la vie quotidienne de l’enfant tende quant à lui à augmenter avec l’âge. Les jeunes garçons présentent plus de problématiques externalisées : de type comportementales (19 % des 3-5 ans) ou attentionnelles et d’hyperactivité (17 % des 6-10 ans), qui tendent à décroitre à mesure qu’ils grandissent. En revanche, leurs difficultés relationnelles tendent à s’accroître avec l’âge, ces dernières concernent près d’un garçon sur cinq entre 11 et 17 ans (18 %).

Les filles sont quant à elles plus concernées par les problématiques émotionnelles (15 % des 6-10 ans) qui tendent à se maintenir jusqu’à l’adolescence (13 % des 15-17 ans).

Outre l’âge et le sexe, ces difficultés présentent d’importantes disparités selon les caractéristiques du ménage, du parent répondant et de l’enfant. Ainsi, les enfants des ménages les moins aisés sont plus concernés par les difficultés émotionnelles, comportementales et relationnelles. Toutes choses égales par ailleurs, la santé mentale dégradée et un faible soutien social du parent sont notamment associés à la présence de difficultés psychosociales chez l’enfant. Les répondantes ont tendance à coter un peu plus négativement que les répondants les difficultés de l’enfant ; cela peut être dû à une vigilance accrue chez les femmes vis-à-vis des enfants, ou à une surreprésentation de celles-ci auprès d’enfants présentant des difficultés. Un temps élevé d'exposition aux écrans et de faibles temps consacrés à la lecture et aux activités physiques sont des éléments associés à ces difficultés. Toujours en ajustant sur les autres facteurs, les enfants des DOM présentent moins de difficultés psychosociales que ceux vivant en métropole.

Entre mars 2020 et juillet 2021, 12 % des 3-17 ans ont consulté pour motifs psychologiques

Au cours des 15 mois suivant le premier confinement, 12 % des garçons et 13 % des filles âgés de 3 à 17 ans ont recouru à un professionnel de santé pour un motif psychologique. Pour les garçons, 7 % consultaient également auparavant, c’était le cas de 6 % des filles. Parmi ces dernières, une importante progression des recours aux soins de santé mentale est observée chez les 15-17 ans, ce qui vient corroborer d’autres travaux alertant sur une progression des troubles anxio-dépressifs et des gestes suicidaires dans cette population. Hors de tout recours, selon le parent répondant, 5 % des enfants avaient besoin d’être aidés pour des difficultés psychologiques et dans la moitié des cas cette aide relevait d’un professionnel de santé. Si on ajoute ces derniers aux enfants qui ont consulté, ce sont 15 % des enfants qui ont eu besoin de soins de santé mentale, soit près d’un enfant sur six.

Chez les personnes âgées de 18 ans et plus, le généraliste est le premier recours pour motifs psychologiques : cela concerne 8 % d’entre eux contre 5 % qui recourent à un psychologue. C’est l’inverse chez les moins de 18 ans : 7 % des 3-17 ans ont recouru à un psychologue contre 3 % qui recourent au généraliste ou pédiatre pour ces motifs. Le recours aux psychiatres et pédopsychiatres, qui concerne en moyenne des enfants présentant des difficultés psychosociales plus prononcées, concerne 3 % des 3-17 ans.

À difficultés psychosociales égales, le recours aux soins pour motifs psychologiques est socialement marqué. Tout particulièrement, les ménages aisés recourent plus aux psychologues, pour lesquels les consultations libérales n’étaient alors pas couvertes par le dispositif MonParcoursPsy, introduit en 2022. Cependant, les analyses toutes autres choses égales par ailleurs montrent que cette inégalité sociale de recours est plutôt liée au niveau d’éducation et au parcours migratoire des parents qu’au niveau de vie. Les enfants des DOM recourent également moins, à difficultés égales, que ceux de France métropolitaine.

Encadré - Une complémentarité avec l’enquête Enabee de Santé Publique France

Sortent également ce jour les premiers résultats de l’enquête Enabee conduite par Santé Publique France en collaboration avec l’Éducation Nationale. Ces résultats apportent un cadrage épidémiologique précieux. L’originalité de l’étude Enabee repose sur l’intégration pour la première fois du point de vue de l’enfant dans les estimations des troubles émotionnels. La méthodologie de l’étude s’appuie donc sur trois informants « Enfant », « Parents », « Enseignant » et permet une évaluation au plus juste du bien-être et de la santé mentale des enfants et des facteurs pouvant l’affecter. Enabee permet d’estimer la prévalence de 3 types de troubles : émotionnels, oppositionnels ou de déficit d’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) chez les enfants de 6-11 ans scolarisés du CP au CM2.

L’enquête EpiCov n’était pas conçue dans cet objectif et seuls les parents ont répondu à des questions sur un de leurs enfants âgés de 3 à 17 ans, cela ne permet pas d’estimer des indicateurs épidémiologiques comparables à ceux publiés ce jour à partir d’Enabee. Cependant, les résultats d’EpiCov complètent ces derniers en estimant la présence de grands types de difficultés psychosociales rencontrées chez l’enfant et l’adolescent en juillet 2021, au sortir de la crise Covid. Les résultats d’EpiCov couvrent en outre les inégalités sociales et facteurs de risque concernant les difficultés psychosociales ainsi que ceux des recours aux soins pour motifs psychologiques.