Niveau de vie des retraités : le taux de pauvreté baisse significativement lors du départ à la retraite

Études et Résultats

N° 1369

Paru le 26/03/2026

Patrick Aubert (IPP-Drees)
La Direction de la recherche des études de l’évaluation et des statistiques (Drees) présente, pour la première fois, une analyse de la variation du niveau de vie au moment du départ à la retraite. Elle mobilise une source statistique inédite issue du croisement de l'échantillon inter-régimes de retraités (EIR) avec l'échantillon démographique permanent (EDP) de l'Insee.

 

Ce croisement, réalisé en partenariat avec l'Institut des politiques publiques (IPP), permet, pour la première fois, de mettre en relation les caractéristiques individuelles des retraités avec les revenus de l'ensemble de leur ménage et, partant, d'étudier la variation du niveau de vie et du taux de pauvreté au moment du départ à la retraite selon les profils de carrière et les conditions de liquidation. 

Les données détaillées associées à cette étude, notamment celles sur la répartition par catégorie de niveau de vie, les taux de remplacement des revenus et la composition des revenus des ménages avant et après le passage à la retraite, pour tous les nouveaux retraités de 2012 à 2020, sont diffusées ce même jour.

 

Le passage à la retraite est associé à une baisse du taux de pauvreté

12,4 % des personnes nouvellement retraitées en 2020 se trouvaient en situation de pauvreté monétaire au cours de l'année précédant leur départ à la retraite. Cette proportion diminue à 8,3 % lors de la première année pleinement passée à la retraite, soit une baisse de 4,1 points de pourcentage. Ce résultat se retrouve de façon stable pour l'ensemble des cohortes de nouveaux retraités de 2012 à 2020, la baisse se situant selon les années entre 3,2 et 4,7 points de pourcentage.

 

Des inégalités entre catégories persistent cependant après le départ à la retraite

La baisse du taux de pauvreté suite au départ à la retraite s’observe parmi tous les groupes de nouveaux retraités, quel que soit le statut d’activité avant la retraite ou les conditions de départ. Par conséquent, les disparités entre les différentes catégories de nouveaux retraités (selon leurs caractéristiques socio-démographiques, leurs conditions de départ à la retraite ou encore leur situation juste avant le départ) persistent : bien que leur risque d’être pauvre diminue dans l’absolu, les personnes qui avaient un risque plus élevé de pauvreté juste avant la retraite en ont toujours un relativement plus haut que les autres après le départ à la retraite.

Par exemple, la baisse du taux de pauvreté est d’ampleur similaire pour les nouveaux retraités ayant atteint le taux plein au titre d’une durée de carrière suffisante et pour ceux qui l’ont atteint en partant à l’âge d’annulation de la décote (respectivement 4,8 points et 6,3 points), alors même que les premiers avaient, avant le départ à la retraite, un taux de pauvreté de 13 points inférieurs à celui des seconds. L’écart reste donc quasiment aussi grand une fois à la retraite.

 

Les inégalités se réduisent mais les positions individuelles dans l'échelle des niveaux de vie évoluent modérément 

Globalement, si le départ à la retraite permet bien de réduire les inégalités de revenus entre les personnes par rapport à la situation en toute fin de vie active, cette réduction reste d’ampleur modérée, et le départ ne modifie que peu la position des personnes dans l’échelle des niveaux de vie. La proportion de personnes pauvres diminue certes de 4,1 points de pourcentage, mais celle de personnes modestes, c’est-à-dire dont le niveau de vie se situe entre 60 % et 90 % du niveau de vie médian, augmente dans une proportion similaire (+3,9 points). Symétriquement, la proportion de personnes considérées comme aisées ou plutôt aisées au regard de leur niveau de vie diminue, au profit de celles avec un niveau de vie médian, mais cette baisse est modérée, de l’ordre de 6 points de pourcentage.

La moitié des nouveaux retraités demeurent finalement dans la même catégorie de niveau de vie avant et après leur départ à la retraite tandis que 41 % évoluent dans une catégorie adjacente. Les personnes qui changent de catégorie se répartissent de façon presque uniforme entre ceux dont le niveau de vie s’améliore et ceux pour lesquels il baisse : 22 % des nouveaux retraités passent dans un groupe de niveau de vie plus élevé après leur départ à la retraite, tandis que 28 % d’entre eux passent dans une catégorie plus modeste.

 

Un niveau de vie relativement préservé 

Pour la moitié des personnes encore en emploi avant la retraite, le montant de pension est inférieur de plus de 25 % au dernier revenu d’activité (variation dite médiane). Toutefois, la baisse apparaît atténuée si l’on considère l’ensemble des revenus avant impôt du ménage de la personne nouvellement retraitée (baisse médiane de 14 %), et plus encore si l’on considère le niveau de vie (baisse médiane de 9 %). Un peu plus d’un tiers (35 %) des personnes en emploi juste avant la retraite voient même leur niveau de vie augmenter à la retraite.
La majorité des personnes sorties précocement de l’emploi voient à la fois leur revenu personnel et leur niveau de vie augmenter après le départ à la retraite. L’augmentation médiane du niveau de vie est ainsi de 9 % parmi les personnes qui étaient au chômage avant la retraite et de 4 % pour celles qui étaient en invalidité.

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