Des disparités territoriales d’accessibilité géographique aux structures médico-sociales destinées aux personnes âgées

Communiqué de presse

Résumé

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques publie un Dossier de la DREES consacré à l’accessibilité géographique aux établissements d’hébergement pour personnes âgées, aux résidences autonomie et aux services d’aide et d’accompagnement à domicile. Dans cette publication, elle utilise des indicateurs dits d’« accessibilité potentielle localisée (APL) » permettant, pour la première fois, d’appréhender l’adéquation entre offre médicosociale et besoins d’accompagnement à l’échelle communale, en tenant compte pour chaque commune de l’offre disponible et des besoins sur son territoire mais aussi dans les territoires environnants. Il s’agit de la première étape de travaux menés par la DREES en partenariat avec l’Institut des politiques publiques (IPP) afin de produire de nouveaux indicateurs permettant de mesurer l’adéquation entre besoins et offre d’accompagnement des personnes âgées au niveau local (communal).

 

Les indicateurs d’APL permettent, en rapportant l’offre médicosociale disponible à proximité de chaque commune aux nombres de personnes âgées potentiellement utilisatrices de cette offre, de caractériser les territoires où l’offre est la plus « accessible géographiquement » – c’est-à-dire ceux où le rapport est plus favorable que la médiane nationale – et ceux où elle l’est moins – lorsque le rapport est inférieur à la médiane nationale.  

Une offre en établissements d’hébergement plus accessible en Bretagne, Pays de la Loire, Bourgogne et sud de l’Auvergne
En 2015, 8 246 établissements d’hébergement pour personnes âgées sont recensés en France métropolitaine, avec 638 000 places offertes. Ces places sont relativement bien réparties sur le territoire puisque plus de 85 % de la population âgée de 60 ans ou plus se situe à moins de 15 minutes d’un établissement. C’est dans les communes de Bretagne, des Pays de la Loire, de Bourgogne et du sud de l’Auvergne que l’offre en établissements est la plus « accessible géographiquement ». À l’inverse, les indicateurs d’APL aux établissements ont les plus faibles valeurs dans les communes de l’Est, d’Île-de-France et du pourtour méditerranéen, indiquant une offre en établissement plus difficilement accessible sur ces territoires compte tenu de la population potentiellement utilisatrice (carte 1). Les établissements d’hébergement pour personnes âgées sont par ailleurs plus accessibles dans les villes-centres des grands pôles urbains, hors celui de Paris.

Carte 1 • Indicateur d’accessibilité potentielle localisée (APL) aux établissements d’hébergement pour personnes âgées selon la commune

 
Note > APL aux établissements situés à 60 minutes ou mois, pour 100 000 résidents potentiels de 60 ans ou plus. L’indicateur d’APL représenté ici tient compte du fait que l’accessibilité géographique diminue quand le temps de trajet pour se rendre à l’établissement augmente (« fonction de distance décroissante »).
Lecture > Les communes en rouge très foncé ont un indicateur d’accessibilité à l’offre en établissement élevé : on y compte entre 396 370 et 166 890 lits en établissement situés à moins de 60 minutes en voiture pour 100 000 résidents potentiels de 60 ans ou plus.
Champ > Communes de France métropolitaine.
Sources > Insee, recensement de la population 2015 ; DREES, enquête EHPA 2015.

Trois quarts des personnes âgées de 60 ans ou plus habitent à moins de 15 minutes d’une résidence autonomie
Les résidences autonomie, qui constituent un hébergement non médicalisé pour les personnes âgées faiblement dépendantes, sont encore peu développées. On en compte 2 261 qui offrent en tout 109 000 places en France métropolitaine en 2015. Trois quarts des personnes âgées de 60 ans ou plus résident à moins de 15 minutes d’une résidence autonomie. Ces structures sont localisées de façon hétérogène sur le territoire. On note une très faible accessibilité géographique à ce type de résidences en Corse, mais aussi dans des zones assez étendues des régions Bourgogne et des territoires proches des frontières espagnole ou italienne. C’est dans les communes de Normandie, dans les Pays de la Loire, le Rhône et la Saône et Loire que l’accessibilité géographique aux résidences autonomie est la plus élevée (carte 2).


Contrairement aux établissements d’hébergement pour personnes âgées, les résidences autonomie sont particulièrement accessibles dans les communes de la banlieue parisienne. Seules 20 % de ces communes ont un indicateur d’APL aux résidences autonomie en-dessous de la médiane nationale. À titre de comparaison, 80 % des communes des territoires ruraux isolés ont un indicateur d’APL aux résidences autonomie en-dessous de la médiane nationale.

Carte 2 • Indicateur d’accessibilité potentielle localisée (APL) aux résidences-autonomie selon la commune

Note > Indicateurs d’APL aux résidences autonomie à 30 minutes ou moins, pour 100 000 personnes âgées de 60 ans ou plus.
Lecture > Les communes en rouge très foncé ont un indicateur d’accessibilité à l’offre en résidences autonomie élevé : on y compte entre 1 300 et 6 930 places en résidences autonomie situées à moins de 30 minutes en voiture pour 100 000 personnes âgées de 60 ans ou plus.
Champ > Communes de France métropolitaine.
Sources > Insee, recensement de la population 2015 ; DREES, EHPA 2015.

Une offre faible en services procurant une assistance aux personnes âgées à domicile dans les départements de l’Est, d’Île-de-France et des Alpes
Les professionnels des services d’aide à domicile procurant une assistance aux personnes âgées, activité soumise à un agrément, interviennent au domicile de ces personnes pour les accompagner dans la réalisation de tâches de la vie quotidienne : se laver, s’habiller, faire le ménage, la cuisine les courses, etc. En France métropolitaine, 6 732 structures proposent des services de ce type et procurent en tout plus de 163 millions d’heures aux personnes âgées1 , l’équivalent de 98 000 personnes qui travailleraient à temps plein en 2015. On estime que 7 % des personnes âgées n’ont aucun service procurant une assistance aux personnes âgées à domicile à moins de 15 minutes de leur domicile ce qui peut provoquer des durées de déplacement plus longs et rendre difficiles les tournées d’aide.

Les communes de la diagonale Normandie-Hérault ont globalement une accessibilité géographique aux services procurant une assistance aux personnes âgées à domicile plus élevée que la médiane nationale (carte 3). En revanche, celles de l’Est, d’Île-de-France et de Bretagne ont une accessibilité plus faible à ces services.

Carte 3 • Indicateur d’accessibilité potentielle localisée (APL) aux services procurant une assistance aux personnes âgées à domicile selon la commune

Note > Indicateurs d’APL aux services situés à 30 minutes ou moins, pour 100 000 personnes âgées de 60 ans ou plus.
Lecture > Les communes en rouge très foncé ont un indicateur d’accessibilité à l’offre en Sapa élevé : on y compte plus de 2 500 employés de Sapa situés à moins de 30 minutes en voiture pour 100 000 personnes âgées de 60 ans ou plus.
Champ > Communes de France métropolitaine.
Sources > Insee, recensement de la population 2015 ; DGE, NOVA 2015.

Un chantier d’étude en cours, qui se poursuivra en 2022
Ce Dossier de la DREES représente la première étape, à vocation principalement méthodologique à ce stade, de travaux visant à développer des indicateurs sur l’adéquation géographique entre offres et besoins d’aides à l’autonomie des personnes âgées. Ils sont menés en partenariat entre la DREES et l’Institut des politiques publiques (IPP). Les travaux ultérieurs viseront à inclure d’autres professionnels et structures accompagnant les personnes âgées dans l’analyse, à affiner l’estimation des besoins d’accompagnement des personnes âgées au niveau local, et à proposer un indicateur global synthétisant l’ensemble de l’offre à destination des personnes âgées dépendantes.

Précisions méthodologiques
Les indicateurs d’APL calculés dans cette étude croisent trois dimensions. La première est la quantité d’offre pour les trois modalités d’accompagnement : par exemple, les places existantes en établissements. La deuxième est la quantité de demande potentielle : par exemple, le nombre de personnes âgées de 60 ans ou plus pour les résidences autonomie. La troisième est le temps d’accès qu’il faut pour relier l’offre et la demande : par exemple, au maximum 30 minutes pour les résidences autonomie. Ces indicateurs sont diffusés au niveau communal mais considèrent l’accès au-delà des limites administratives.

Consulter :
-    Carrère, A., Couvert, N., Missègue, N. (2021, décembre). Un nouvel indicateur pour mesurer l’accessibilité géographique aux structures médico-sociales destinées aux personnes âgées . DREES, Les Dossiers de la Drees, n°88
-    Télécharger les données
-    Estimer les besoins locaux de prise en charge de la perte d’autonomie des personnes âgées

  • 1Les infirmiers, les services d’hospitalisation à domicile, les personnes qui sont directement employées par la personne âgée ne sont pas inclus dans ces estimations.