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Santé mentale, expérience du travail, du chômage et de la précarité

Article

Paru le 04/02/2021 Màj le 10/02/2021
Ce programme de recherche, débuté en 2018, a été organisé conjointement par la Mission Recherche (MiRe), le bureau État de santé de la population et l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion (ONPES) de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) et le bureau des conditions de travail et de santé de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares). Il a questionné les relations entre la santé mentale et l’organisation du travail, le chômage et la précarité avec pour objectif d’apporter des éléments de connaissance aux interrogations qui traversent actuellement l’espace public.

 

Un séminaire de réflexion visant à préparer l’appel à recherches a été organisé en 2018. Les contributions à ce séminaire ont donné lieu à des actes.

À la suite, un appel à recherche a été mis en place début 2019 à partir des zones d’ombre identifiées.  Au terme de cet appel, dix projets sont financés :

 

Les projets suivants bénéficient d’un financement par la DREES

Mathilde Labey (EPSM Lille Métropôle)

État des lieux de la santé mentale au travail des soignants en psychiatrie, facteurs associés et préconisations

Les acteurs de la psychiatrie publique sont soumis à une forte adversité professionnelle, comme le relaient fréquemment médias, représentants des personnels et politiques. Cette pression est liée à de nombreux facteurs, certains communs aux métiers de la santé, d’autres propres à la psychiatrie, comme les soins sans consentement, l’exercice de la contrainte et la variabilité des pratiques et des ressources sur le territoire national. Ce projet porte sur l’état de santé mentale de ces professionnels et les rôles respectivement joués par les pratiques de soins en psychiatrie et les autres facteurs de risques dans la construction du bien-être ou du mal-être des professionnels du secteur. Il s’agit, plus précisément, d’une recherche descriptive de corrélations et de médiations couplée à une recherche-action qualitative visant à concevoir en équipe des solutions pour améliorer le bien-être professionnel par les pratiques de soins et réciproquement.

 

Caroline Bonnet (FNORS)

Conditions d’emploi et parcours de soins : recherche des singularités hommes femmes face aux souffrances mentales

Cette recherche vise à mettre en relation et comparer des données sur les trajectoires et organisations d’emploi et les trajectoires de soins des hommes et des femmes déclarant des problèmes de santé mentale au travail. La Fnors et les ORS de quatre régions proposent une étude alliant des approches quantitative et qualitative. L’enquête CT-RPS 2016 appariée aux données du SNDS sera mobilisée pour repérer et établir des profils de personnes déclarant des problèmes de santé mentale selon leur prise en charge sanitaire ou au contraire l’absence de prise en charge occasionnant des remboursements de soins. Ces profils seront mis en perspective avec les risques psycho-sociaux repérés dans l’enquête CT-RPS 2016. Ensuite, des entretiens semi-directifs, auprès de personnes en activité ou en projet de reprise d’activité, seront menés afin d’analyser des singularités entre les hommes et les femmes au travers de leur parcours. Cette étude permettra d’analyser les trajectoires professionnelles des personnes déclarant des problèmes de santé mentale et d’éclairer les raisons pour lesquelles la problématique de santé mentale au travail a fait l’objet ou non d’une prise en charge médicale et de leurs différences genrées.

 

Sabine Fortino (CRESPPA-GTM, Université Paris Nanterre)

Santé mentale et syndicalisme au temps des CSE

Le projet se fonde sur l’étude dynamique de l’action d’un acteur clé du travail de prévention des atteintes à la santé mentale des actifs, les syndicats. Il s’agit de questionner les effets des réformes institutionnelles actuelles sur les modalités de prévention de la santé mentale au travail, en analysant les conséquences de la mise en place du Conseil Social et Economique sur la prise en charge syndicale de cet enjeu. Une attention particulière portera sur les catégories descriptives que les syndicats s’approprient pour désigner la santé mentale des travailleurs, en partant du principe que, de la souffrance aux risques psychosociaux, en passant par la qualité de vie au travail et au travail de qualité, les concepts mobilisés influencent les pratiques militantes et les stratégies d’action sur ce phénomène. 

 

Sandrine Garcia (IREDU, Université de Bourgogne)

EXIT-MG Conditions d’exercice et santé mentale des médecins généralistes : formes et déterminants de sorties du métier

Étudier les conditions de soutenabilité du travail médical en contexte socialement défavorisé (cas des territoires ruraux « désertifiés » ou des banlieues concentrant des groupes sociaux connaissant de grandes difficultés sociales) permet d’appréhender la santé mentale des médecins qui conditionne par ailleurs la pérennité de l’offre de soins et constitue à ce titre un enjeu décisif. En se focalisant sur les sorties (cessations) ou les changements d’activité, on se donne les moyens de comprendre les atteintes à la santé mentale de cette profession aujourd’hui particulièrement exposée, à la fois par les effets sur le contenu de l’activité d’un exercice en contexte défavorisé (charge émotionnelle, travail plus intensif) et par les objectifs qui leur sont assignés d’éducation à la santé (pour réduire les inégalités sociales de santé) et qui s’avèrent plus difficilement « tenables » avec des catégories sociales davantage enclines à manifester « une bonne volonté sanitaire ».

 

Franck Héas (LDC, Université de Nantes)

ORGAnisation du travail et Santé mENtale (ORGA-SEN)

Le pouvoir patronal de direction n'étant pas démenti en droit, le chef d'entreprise doit veiller à la protection de la santé mentale. C'est le fondement central des principes généraux de prévention et de l'obligation de sécurité (tant dans le contentieux du travail que celui de la protection sociale) et c'est dans ce cadre que les juges contrôlent les organisations (collectives) du travail et les pratiques (individuelles) de management. La représentation du personnel et la négociation collective ont aussi un rôle à jouer en matière de santé mentale. Ces premiers questionnements sont renouvelés, en lien avec les nouveaux environnements de travail mobilisant de nouvelles techniques, les outils numériques et autres dispositifs de communication. En outre, les nouvelles formes d'emploi (externalisé) qui concurrencent le modèle traditionnel du salariat modifient fondamentalement les frontières de l'entreprise, les interactions des protagonistes y intervenant et par conséquent, la protection de la santé mentale au travail.

 

Philippe Spoljar (CHSSC, Université Jules-Verne Picardie)

Les mutations du rapport au travail dans le processus de modernisation agricole : Quelles impasses, quelles alternatives ? Interventions cliniques sur la santé au travail (Co-financement du Ministère de l’Agriculture)

Cette recherche s’attache à saisir certaines manifestations de souffrance psychique en lien avec l'activité professionnelle des agriculteurs, et plus largement avec le contexte d'évolution culturelle et socio-économique du milieu agricole. L’hypothèse principale est que la modernisation (intensification et industrialisation) de l'agriculture a induit des contextes d'activité et de vie potentiellement dommageables pour la santé mentale des professionnels. Pour cela, cette étude s’intéressera particulièrement au rapport singulier au travail (ce qui le soutient, ce qui l'entrave, voire le rend irréalisable) dans certains contextes spécifiques (filière bovin-lait) et investiguera certaines modalités de prévention (primaire ou secondaire) à partir d'une analyse qualitative issue d'une synthèse de la littérature existante et de plusieurs enquêtes de terrain. Cette recherche souhaite contribuer significativement à la compréhension des processus à l'œuvre dans les problèmes de la santé mentale au travail, chez les agriculteurs, et proposer une réflexion sur certaines orientations de la prévention (soit externe, soit par les dispositifs de travail alternatifs).

 

Les projets suivants bénéficient d’un financement par la DARES

Guillaume Airagnes (INSERM, Groupe Hospitalier AP-HP)

ACCOLADE : Etude des relations entre les conditions de travail difficiles, les troubles du sommeil, dépression et les conduites addictives chez des travailleurs en situation de précarité dans la cohorte CONSTANCES

Ce projet étudie les interrelations entre les conditions de travail difficiles (facteurs psychosociaux, horaires atypiques et facteurs biomécaniques), l'état dépressif, les conduites addictives (alcool, tabac, cannabis) et les appétences au gras et au sucre chez les hommes et les femmes séparément, en distinguant les rôles spécifiques des différents types de conditions de travail difficiles et en tenant compte des facteurs sociodémographiques, professionnels et des troubles du sommeil. Une attention particulière est accordée aux travailleurs précaires et l’approche quantitative est complétée par des analyses qualitatives pour mieux appréhender les expériences du travail (conditions de travail difficiles chez les précaires) et leurs liens avec la santé mentale (état dépressif et conduites addictives).

 

Sylvie Blasco (GAINS, Université du Mans)

Impact de l’intensification et de l’autonomie au travail sur la santé mentale

Les innovations organisationnelles et managériales récentes peuvent se traduire par une intensification du travail et par plus d’autonomie dans le travail. Mobilisant les volets employés et employeurs des enquêtes CT-RPS, cette recherche souhaite étudier empiriquement les effets théoriquement ambigus de ces deux évolutions sur la santé mentale des travailleurs. Nous offrirons une vue d’ensemble des liens entre intensification, autonomie et santé et relierons, grâce aux méthodes de décomposition, les inégalités d’exposition à certaines pratiques de ressources humaines aux inégalités de santé. Nous regarderons ensuite les effets de deux sources possibles d’intensification du travail : le recours à la flexibilité interne ou externe pour faire face aux fluctuations de la demande et l’automatisation. Nous considérerons aussi les pratiques de management à forte implication en nous concentrant sur l’autonomie liée au lieu et temps de travail. Pour ces analyses, nous identifierons des relations causales en nous appuyant sur la structure longitudinale des données et en recourant aux méthodes d’appariement et de variables instrumentales.

 

Christophe Dejours (Institut de psychodynamique du travail, CNAM)

Les effets subjectifs des « nouvelles » organisations du travail. Souffrance et plaisir au travail dans une plateforme numérique, une SCOP et une entreprise libérée » (co-financement du Conseil d’orientation des conditions de travail)

Depuis 40 ans, la santé mentale au travail mobilise l’attention clinique en psychodynamique du travail, mais certaines formes d’organisation du travail n’y ont jamais fait l’objet de recherches spécifiques : plateformes numériques, SCOP et entreprises libérées. Trois dispositifs cliniques collectifs d’une durée de six mois chacun y seront mis sur pied pour explorer le rapport subjectif au travail et les questions relatives à la santé mentale à partir de la méthodologie et de la théorie en psychodynamique du travail. La première année du projet sera consacrée à l’investigation clinique des trois collectifs de volontaires (entre 6 et 12) et à sa présentation dans un séminaire. La deuxième année sera consacrée à l’analyse des données, à leur mise en discussion avec les volontaires, puis à la rédaction du rapport et à la valorisation des résultats (colloque final). Les objectifs principaux visés par cette recherche peuvent être détaillés comme suit : 1/ Décrire le travail effectif des professionnels engagés dans les « nouvelles » formes d’organisation du travail précitées. 2/ Enquêter sur les formes de coopération entre salariés et leurs rapports avec la constitution de conditions favorables au vécu de plaisir au travail. 3/ Identifier les stratégies de défense déployées par les travailleurs à partir de l’identification des écarts entre tâche prescrite et réalité des situations auxquelles ils sont confrontés.

 

Antoine Duarte (Institut de psychodynamique du travail, Université de Toulouse)

Santé mentale et expérience du chômage : une recherche clinique de la précarisation du travail

Le lien existant entre la dégradation de la santé et l’expérience d’un chômage aux statuts sociaux de plus en plus flous instruit une problématique avec des enjeux majeurs de santé publique. Les incidences sur la santé mentale ne sont pas en reste, mais le rôle « catalyseur » du chômage démontré par quelques enquêtes quantitatives ne suffit pas à documenter un phénomène complexe qui manque de connaissances approfondies dans son aspect clinique pour saisir les mécanismes et les effets psychiques induits par cette situation sociale. Ce projet propose donc une recherche étiologique des pathologies mentales et des stratégies de défenses permettant de tenir, afin de mieux comprendre le rôle de l’expérience du chômage dans les décompensations somatiques et psychiques et la survenue d’évènements de surmortalité (suicides et accidents cardiovasculaires). Les apports théoriques et méthodologiques de la psychodynamique du travail seront mobilisés pour déployer cette recherche au sein d’agences Pôle emploi et d’associations de l’insertion sociale.

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