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Les transformations par les technologies numériques vues par les SHS. Quels usages dans les champs de la santé, du handicap, de l'autonomie et de l’accès aux prestations sociales ?

Article

Paru le 18/07/2020 Màj le 09/04/2021

Résumé

La MiRe (Mission de Recherche) organise un séminaire de recherche sur les usages des technologies numériques dans le domaine de la santé, du handicap, de l'autonomie et de l’accès aux prestations sociales. À travers la spécificité de ces différents champs, mais aussi à travers les regards croisés qu’ils permettent, il s’agit d’analyser la manière dont les technologies numériques viennent modifier le(s) rapport(s) des usagers (ayants droit, bénéficiaires, personnes en situation, patients) et des intervenants (professionnels ou aidants profanes) aux dispositifs et droits sociaux correspondants.

 

Une réflexion large semble d’autant plus nécessaire que les technologies numériques permettent dès aujourd’hui — et promettent encore plus pour demain — des transformations radicales dans la prise en charge des patients en décentrant certaines pratiques curatives vers un modèle davantage préventif (Isaac, 2014 ; Bloy, 2015), dans l’accompagnement des personnes dépendantes à travers le recours accru aux technologies d’assistance et enfin dans l’accès aux prestations par le biais de nouvelles formes d’administration digitalisée (Boudreau, 2009 ; Bacache-Beauvallet, Bounie et François, 2011 ; Courmont, 2019). Au-delà de la caractérisation des nouvelles opportunités numériques pour en saisir les enjeux et la portée, il convient de les ré-encastrer dans la réalité sociale et économique des organisations qui les produisent et les mettent en œuvre (Berrebi-Hoffmann, 2019), mais aussi des personnes qui les utilisent. Si les technologies numériques modifient les manières d’analyser et d’évaluer les situations et les besoins par les professionnels de l’intervention médicale ou sociale, les personnes soignées ou accompagnées sont confrontées à de nouveaux outils dont elles se saisissent ou qu’elles subissent (Dubasque, 2019).

Toutes les technologies numériques ne sont pas équivalentes. En les rassemblant sous une même terminologie générique, la dénomination de technologie numérique est sans doute trop imprécise pour appréhender leur diversité. Et celle de « e-santé » ou de « santé numérique » (Béjean, Dumond et Habib 2015 ; Dubreuil 2019) trop restrictives, car n’englobant pas le champ des prestations sociales et de l'autonomie. De plus, toutes ces technologies ne sont pas comparables si l’on observe leur niveau de développement ; certaines en sont seulement à des stades d’idéation tandis que d’autres sont en cours de conception dans des laboratoires de recherche et développement. Plusieurs technologies font l’objet d’expérimentation ou sont en voie de généralisation dans le cadre de projets locaux ou nationaux (par exemple le programme Territoires de Soins Numériques [TSN]1 lancé en 2014, l’expérimentation Big data de la CNAF2, le projet « Ma Santé 20223 », etc.). Enfin, certaines sont matures, pleinement déployées et commercialisées et leur existence est juridiquement actée.

La majorité de ces technologies apparaît structurée par de nombreuses « promesses technoscientifiques » (Joly 2010 ; Tournay, Leibing et al., 2010). Pourtant, loin de modifier systématiquement en profondeur le champ des possibles, les innovations correspondantes s’imposent quotidiennement dans des contextes et des usages « déjà là » (Gaglio, 2010). Marc-Éric Bobillier-Chaumon (2012) attribue trois grands rôles transformateurs aux technologies numériques selon qu’elles sont « supplétives », « substitutives » ou « palliatives » de l’activité humaine. Cette distinction nous informe sur des modalités de transformations des usages ; plus généralement, elle incite à questionner d’autres registres comme celui des dimensions éthiques également impactées par ces technologies et leurs usages (Massé et Saint Amand, 2003 ; Moulias, 2008 ; Aiguier et Loute, 2016).

En renouvelant l’offre publique de prestations et de services (Gautellier 2009 ; Muracciole et Massé, 2018), les technologies numériques interfèrent à de multiples niveaux et modifient le jeu des systèmes d’acteurs issus des sphères sociales différentes que sont le sanitaire, le médico-social et le social. L’ensemble des manières de penser, de faire, de voir, de produire et de recevoir le soin (Gagnon et al. 2013), l’accompagnement ou le service des prestations (Dmitrijeva, Fremigacci et L’Horty 2015) semblent en jeu. Dans ce contexte général, il parait important de mieux appréhender les usages qui se font jour en cherchant à identifier la manière dont ils répondent aux besoins des populations et satisfont des objectifs généraux de cohésion sociale.

Dans cette perspective, les connaissances que les chercheurs des SHS peuvent produire à travers des cadres d’analyse, des méthodologies et des objets originaux semblent d’autant plus nécessaires que les recherches académiques sur les technologies numériques en matière de santé et de protection sociale paraissent encore insuffisantes pour explorer leur déploiement et rendre compte précisément des enjeux, en comparaison des transformations engendrées. Par ailleurs, la situation de confinement liée au Covid19 joue un rôle d’accélérateur dans la transformation des pratiques et comme un révélateur qui pourra servir de point d’ancrage à plusieurs interventions dans le cadre du séminaire.

Séance 1. Nouvelles technologies et usages émergents : renouvellement des questions et des approches. Santé, autonomie et protection sociale

Face à la situation sanitaire, la première séance du séminaire s’est tenue le 24 juin 2020 sous forme de webinaire. Les interventions des chercheurs ont été enregistrées pour être diffusées en ligne.

« Organiser les processus d’innovation dans la santé numérique : définitions, enjeux et perspectives », Mathias Béjean (maître de Conférences en sciences de gestion, Université Paris Est).

Résumé : l’exposé se déroulera en trois temps. La première partie propose un point de cadrage général sur les technologies de santé numérique. Il s’agira de construire les repères et de s’arrêter sur leurs défi-nitions, ainsi que les enjeux des catégorisations pour cerner un paysage des technologies numériques caractérisé par son hétérogénéité. Dans un deuxième temps sera abordée la question de la conception. Une perspective comparative « avant / pendant / après » permettra d’analyser les transformations à l’œuvre dans le processus de conception et de porter un éclairage sur les enjeux à venir. Enfin, dans un troisième temps, l’exposé prendra appui sur l’initiative « CML Santé » en France, portée par le Forum des Living Labs Santé et Autonomie ainsi que ses partenaires (dont Tech4health, le réseau des CIC-IT de l’INSERM), pour décrire comme se formalisent les phases en amont du processus d’innovation.

« Éthique de la santé numérique : le point aveugle de la spatialisation », Alain Loute (maître de confé-rences au Centre d’éthique médicale, EA 7446 ETHICS, Université Catholique de Lille. Co-titulaire de la Chaire Droit et éthique de la santé numérique).

Résumé : La dimension spatiale est un point aveugle des discours autour de la santé numérique. On constate que l’usage de la télémédecine ne conduit pas à une abolition des frontières, mais aboutie à un certain réaménagement des espaces et fait naitre de nouvelles formes de spatialisation du soin. Ces nou-velles formes ne sont pas neutres et elles suscitent de nombreuses questions éthiques. Tous les lieux peuvent-ils soutenir des formes de télésurveillance ? Tous les domiciles peuvent-ils soutenir une hospita-lisation à domicile ? N’induit-elle pas des enjeux de « justice spatiale » ? La télémédecine permet-elle de répondre aux inégalités liées au territoire, ou au contraire constitue-t-elle une forme palliative aux désinvestissements de certaines régions ? L’ensemble de ces questions sera traité, en appui sur plusieurs travaux en philosophie et en SHS, sous l’angle de l’éthique qui s’est jusqu’ici assez peu intéressée aux enjeux liés à la spatialisation.

Résumé : Le basculement vers le « tout numérique » de nombreux services publics sociaux a transformé les conditions d’accès aux droits sociaux. Cet impact est aujourd’hui documenté par de nombreuses enquêtes de terrain. Le bénéficiaire doit désormais prendre en charge des obligations d’information et de connectivité, qui sont en principe des missions de service public. On assiste à des transferts de charges vers d’autres acteurs publics ou associatifs, ainsi qu’au développement de services d’intermédiation proposés par des prestataires privés. Les principes fondateurs du service public (conti-nuité, mutabilité et égalité devant le service public) sont aussi mis en jeu. Mais au-delà des probléma-tiques d’accès aux droits, les transformations induites par les technologies numériques affectent-elles les fondements ou les logiques des droits sociaux ? Dans cette communication, il s’agira de montrer com-ment les qualités d’usager du service public et de bénéficiaire de prestations sociales dialoguent entre elles dans le champ du droit social.

« Care technologique : le rôle des technologies numériques dans l’accompagnement », Xavier Guchet (philosophe des sciences et des techniques, Université de Technologie de Compiègne).

Résumé : Le développement des technologies d’acquisition de données en grand nombre (big data), ainsi que la mise en place d’infrastructures dédiées à la collecte, au traitement, au stockage et à la circu-lation de ces données (comme les plateformes de génomique très haut débit ou les biobanques), sont en train de transformer en profondeur le paysage de la recherche biomédicale et de la médecine. Le plan Médecine France Génomique 2025 affiche ainsi ouvertement la volonté d’accélérer la translation de la génomique dans la clinique, et de faire de la France un leader dans ce domaine en constituant la géno-mique en filière industrielle performante. Dans ce contexte, une réflexion sur les finalités de ces trans-formations, et sur les valeurs qui les guident, apparaît nécessaire et même urgente. Une question se pose tout particulièrement : quelle place pour le soin dans cette médecine à forte composante technoscienti-fique ? L’exposé examinera la tension entre soin et technique dans la médecine contemporaine en se focalisant sur un concept qui est étroitement lié à l’essor des technologies big data, celui de médecine personnalisée.

Séance 2. La transformation des organisations par les nouvelles technologies. Santé, protection sociale et autonomie (30 septembre 2020)

Présentation de la séance :

Les technologies numériques permettent des modalités d’action renouvelées tant elles proposent des architectures informationnelles qui fournissent de nouvelles ressources. Elles semblent à même de mieux connecter les institutions et les secteurs d’activité impliqués dans l’organisation des services et des prestations. Les transformations organisationnelles sont pour partie pilotées par les politiques publiques, par exemple avec la création du Dossier Médical Partagé, tandis que de nouveaux enjeux émergent, plus décentralisés et par conséquent moins faciles à cerner.

Pour l’organisation des soins, les technologies numériques contribuent à des transformations importantes qui ont vu le jour ces dernières années, à l’image du « virage ambulatoire » pris par l’hôpital qui s’appuie sur un système d’information propre pour la gestion des patients. Plus récemment, au niveau de la médecine libérale, la création de nombreuses Maisons de Santé Pluriprofessionnelles (MSP) locales a permis de mutualiser, entre les différents partenaires impliqués, les outils de gestion logicielle des patients. Au-delà des dimensions pratiques (prises de rendez-vous, communication des prescriptions, etc.), cela est congruent avec la revendication / le besoin d’une approche plus globale et transversale, donc plus collaborative, moins disciplinaire ou « sillotée ». En matière d’accès aux prestations sociales, l’enjeu est de lutter contre le non-recours en favorisant l’échange d’informations entre les organismes gestionnaires des différents champs. Il est aussi d’améliorer l’accompagnement des personnes à travers des modes de coordination renouvelés entre les professionnels. Du point de vue de l'autonomie, il s’agit de mieux concilier les préoccupations relatives à l’autonomie des personnes et à leur assistance dans les gestes de la vie quotidienne.

Les outils numériques sont sollicités, ici et là, pour équiper les organisations correspondantes en devenant le support des nouvelles manières de faire. Cette séance a pour but d’examiner les transformations en cours pour mettre en exergue les formes d’incorporation des technologies numériques dans les organisations et les modalités d’appropriation par les professionnels. Par ailleurs, d’autres enjeux transverses apparaissent dans la mobilisation des technologies et qui peuvent être l’objet d’un questionnement large sur la base de l’éthique tant le déploiement de nouveaux outils semble en accélération.

« L’efficacité du numérique dans les organisations : comment gérer la singularité à grande échelle ? », Etienne Minvielle, chercheur en sciences de gestion (Polytechnique, centre Gustave Roussy)

Résumé : Cette présentation analysera dans un premier temps les présupposés théoriques liés à la question de l’efficacité (l'autonomie aux usages et aux comportements des patients et des professionnels ; le caractère situé). Ensuite, un cas d’étude sera présenté pour illustrer les cadres théoriques précédents. Enfin, dans un troisième temps, seront discutés des perspectives de recherche et de questionnements qui font pour certains l’objet de travaux en cours.

 

« Relier soins et care par la télémédecine : une analyse régulationniste du système de santé », Florence Gallois, maitresse de conférences en sciences économiques (Université de Reims)
Résumé : La télémédecine est définie comme une forme de soins réalisé à distance au moyen de tech-nologies de l’information et de la communication (OMS 1997). Cette technologie est source de nom-breuses attentes puisqu’elle est supposée contribuer à faciliter l’accès aux soins dans un contexte d’insuffisance de médecins (au moins sur certains territoires et/ou pour certaines spécialités), d’inégalités territoriales, de besoins de santé accrus en raison du vieillissement, et de volonté de maitrise de la dépense publique de santé. Toutefois, la pratique de la télémédecine induit une modification des conditions de production des soins relativement aux relations de face à face ente un patient et un soignant : médecin et patient n’ont plus besoin d’être dans le même lieu, le premier peut ainsi être à l’hôpital ou dans son cabinet tandis que le second est à son domicile ou dans un établissement médico-social. Cette présentation vise à interroger les effets de la télémédecine en termes de production et ses implications sur les régulations du système de santé. Elle part du constat d’un découpage institutionnel du système de santé entre sanitaire et social, entre soins et care mais cherche au contraire à relier ces composantes dans un même système de santé de façon à analyser les effets de la télémédecine en termes de régulation des soins, du care et du système de santé en général. Sur cette base elle pointe des conditions sous lesquelles la télémédecine peut contribuer à la performance des systèmes de santé, en particulier sous l’appellation courante de la performance comme efficience.

 

« Santé numérique et inégalités sociales et territoriales : conséquences inattendues et action publique », Viviane Ramel, chercheuse en sciences politiques (Université de Bordeaux), conseillère ARS Nouvelle-Aquitaine.

Résumé : Tout d’abord, nous verrons dans cet exposé comment la numérisation de la santé s’institutionnalise progressivement, c’est-à-dire qu’elle s’incorpore de manière durable et structurée dans les organisations, les systèmes et les politiques de santé. Dans ce cadre, nous nous focalisons sur l’une des « conséquences inattendues » (Bloomrosen, 2011) (Greenhalgh, 2018) de la numérisation de la santé, à savoir les liens que ce phénomène entretient avec l’enjeu des inégalités sociales de santé. Nous en caractérisons les principales facettes, y compris la question des disparités d’accès aux soins. Particulièrement, nous démontrons que les États occidentaux, en utilisant l’exemple comparé de la France, l’Angleterre, le Québec au Canada et le Pays basque en Espagne, se saisissent très peu des en-jeux d’équité en santé numérique, consacrant ce sujet comme un non-sujet à l’agenda des priorités de politique publique. Nous terminons, toutefois, en démontrant que des interventions de prise en compte de l’équité en santé sont développées dans ces mêmes territoires, selon une typologie que nous avons établie dans nos travaux. Ces réflexions alimentent des perspectives en termes de recherche et d’action en santé des populations que nous évoquerons pour la suite nécessaire de ces travaux dans les mondes francophones et anglophones.

Séance N°3 : L’usager au cœur du système. Prise en charge, soin et protection sociale : comment se reconfigurent les rôles avec les technologies numériques ? (27 octobre 2020)

Présentation de la séance :

L’usager peut être considéré comme le destinataire final d’un système ou d’un service. Dans le cadre du système de soin, il est le patient ou le futur patient. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le système de santé et les administrations de la protection sociale se sont construits selon une logique de service public en mettant en œuvre des modalités de fonctionnement en vue d’assurer leur efficacité collective (Palier, 2015). Il s’agissait de bâtir des infrastructures de grande ampleur à même d’absorber une demande générale. Cependant, les technologies numériques permettent un changement de posture davantage tourné vers une personnalisation de l’offre. Dans ce contexte, l’usager redevient une figure, au moins discursive (Berthou et Gaglio, 2020), du système qui se voit remobilisée et requestionnée (Mayère, 2018).

Cette séance entend discuter un paradoxe : les technologies numériques permettent de produire plus d’individualisation de la prise en charge et de nouvelles représentations de sa santé et de ses droits, mais elles sont aussi soumises à des effets de standardisation (Berquin, 2009) et d’impératifs technologiques et de rationalisation (Bejean, Kretz, Moisdon et Sicotte, 2015 ; Dumez et Minvielle, 2017). Par exemple, les technologies d’accompagnement de la perte d’autonomie chez les personnes âgées doivent nécessairement répondre à des logiques de conception dites « universelle » (Winance, 2014) pour répondre à la singularité des besoins par un design adapté à tous. Ces adaptations ne sont toutefois pas toujours économiquement soutenables, ce qui entraine dans les faits des situations contrastées et qui mettent l’usager « au travail » (Mayère, 2012 ; Mathieu-Fritz et Guillot, 2017) et positionne le patient face à de nouvelles injonctions.

Questionner la place de l’usager dans le système (de soin, de protection sociale, de prise en charge du handicap, de l'autonomie, etc.) doit systématiquement s’envisager dans une posture relationnelle. L’usager est systématiquement usager d’un service, d’une organisation ou d’un ensemble de technologies. Il n’est pas un acteur isolé puisqu’il dépend d’un ensemble plus vaste d’interactions au sein d’un système sociotechnique (Callon et Latour, 2013). Dans cette perspective, l’apparition des « patients experts » (Boudier, Bensebaa et Jablanczy 2012) est un phénomène qui peut avant tout être considéré comme la modification d’un rapport entre un soignant et un soigné – ou un ensemble de pratique et un système technicien –, contribuant au rééquilibrage voire à la transformation d’une relation de dépendance, mais aussi comme la reconfiguration plus générale d’un système basé sur des acteurs et des technologies.

« Usagers, appropriation, responsabilisation, autonomie : les usages des technologies. La figure de « l’usager responsable » au prisme des technologies numériques en projet et en pratiques  », Anne Mayère, professeure des Universités, sciences de l’information et de la communication (Université Toulouse 3)

Résumé : Dans les trois champs d’analyse du présent séminaire, les nouvelles technologies renvoient à des éléments différents : robotique, télémédecine, télésurveillance, domotique, santé mobile, simulation et démarches en ligne, etc. Comme l’ont montré les travaux en sociologie des sciences et des techniques, il importe de distinguer entre les outils numériques considérés et les dispositifs organisationnels dans lesquels ils s’insèrent (Feenbert, 2006 ; Orlikowski, 2007). Les recherches en sciences de l’information et de la communication ont également montré combien il importe de documenter ce qu’il en est effectivement des technologies dans leur matérialité, leur « architexte » (Jeanneret, 2011), les attributions d’autorité et d’auteurité (Wathelet, 2015). Ceci est particulièrement requis dans les domaines de la santé et du social pour lequel les enjeux de responsabilité (médico-légale, économique, politique) sont cruciaux.

Il importe également d’interroger la notion d’usager (Demailly, 2008), qui plus est au masculin singulier. Ces usagers sont à considérer dans leur ensemble et leurs interactions : aussi bien les ayant-droits, les patient.e.s, les personnes concernées par des questions de santé, que les professionnels qui interagissent avec eux ou qui prennent appui sur la mise en trace de leur « travail de santé » (Strauss, 1992) pour mener à bien leur activité. Pour produire les effets escomptés, ces technologies impliquent des usages renouvelés. Ceux-ci ne requièrent pas seulement la disposition réelle de ces outils et leur maitrise pratique. Ils impliquent qu’émerge un « nouvel usager » doté de qualités projetées qui peuvent être assez distinctes de ce que sont les usagers en pratiques. Ces technologies font entrevoir de multiples questions sur les modes de réceptions, l’appropriation, les usages, les questions relatives à l’autonomie, la liberté, les dispositifs contraignants et/ou stigmatisants, l’isolement, etc.

Plus généralement, on observe une tendance lourde dans laquelle les usagers se retrouvent captifs et obligés de produire un véritable « travail ». Face à de nouveaux outils ou à la sollicitation technique, et au déclin des précédentes aides/services, les usagers doivent parfaire leur connaissance, apprendre à maitriser, s’emparer des outils, exercer leur pouvoir pour se conformer aux scripts d’usages (Akrich, 1992) inscrits dès la conception des dispositifs sociotechniques. Ces questions ne sont pas singulières à la santé, des situations similaires dans d’autres contextes comme celui du consommateur (Dujarier, 2008) ou pour les plateformes du numérique (Casilli, 2018) montrent des tendances similaires, mais elles présentent une acuité et des formes particulières en ce qu’elles ont ici trait à la maladie et à la mort (Memmi, 2003). Le renoncement aux droits et le renoncement aux soins est déjà fort élevé en France, qui se trouve être parmi les pays de l’OCDE présentant les inégalités sociales de santé les plus élevées (Haschar-Noé, Lang, 2017). Il convient d’interroger ce en quoi les technologies peuvent réactualiser voire renforcer les inégalités sociales de santé.

Nous prendrons appui sur deux programmes de recherche récent et en cours portant sur des dispositifs de suivi à distance de patient.e.s, pour illustrer ces différentes questions.

«  L’autonomie des « dépendants » au travers d’un processus d’innovation, ou comment des échanges virtuels impactent les négociations liées aux soins dans le monde réel », Christophe Humbert, sociologue (Université de Strasbourg)

Résumé : Cette présentation vise à proposer une définition de l’autonomie des personnes âgées en situation de dépendance, telle qu’elle est mise en jeu dans des échanges en ligne via un système d’information (S.I.) pour la coordination gérontologique de proximité. J’ai suivi le déploiement de ce dispositif pendant quatre années consécutives, en Alsace, de 2015 à 2018. Partant d’une analyse qualitative des interactions liées aux aides et aux soins de longue durée à domicile pour dix personnes âgées, apportées par des professionnels, parfois en collaboration avec des proches, à différentes étapes de déploiement du S.I., j’identifie huit formes idéal-typiques d’autonomie faisant l’objet de négociations. L’objectif consiste ainsi à répondre à la question : un processus d’innovation technologique et organisationnelle par un S.I., générant des échanges virtuels entre professionnels en équipe de soins élargie, permet-il de tendre progressivement vers un soutien plus effectif de l’autonomie des « dépendants » dans le monde réel ?

« Dématérialisation des services publics et reconfiguration de la relation à l’usager : processus, effets, enjeux », Pierre Mazet, sociologue, Labaccès (TiLab-Askoria, Rennes)

Résumé : Engagé depuis plus de 20 ans, le processus de numérisation de l’administration a connu ces dernières années un double mouvement d’accélération et d’amplification. La « dématérialisation » de l’offre de service constitue aujourd’hui un objectif central de l’ensemble des services publics et administrations – à l’instar du plan « Action publique 2022 » présenté en octobre 2017, qui vise 100% de démarches dématérialisées dans les administrations d’état à l’horizon 2022. Sur le plan de la relation à l’usager, l’on est passé de l’offre d’une modalité de relation alternative, rendant accessibles en lignes des services existant et/ou support de nouveaux services, à l’imposition d’un canal de communication majoritaire voire exclusif, conditionnant l’accès aux services à une « obligation de connectivité ». En quelques années, les modalités de gestion de la relation aux administrations se sont donc profondément modifiées.

On dispose pourtant de peu d’études de sciences sociales sur la reconfiguration de la relation aux administrations dans un environnement dématérialisé. Les sociologies de guichet, qui ont largement thématisé la relation à l’usager dans le cadre des interactions physiques de face-à-face (Dubois, Weller), n’ont pas pris le virage de la dématérialisation ; le courant de la sociologie des usages (Jouet, Proulx), attentif à décrire la variété et la multiplicité des pratiques numériques, ne s’est quant à lui pas intéressé à ces usages particuliers que sont les usages connectés de l’administration. Situé à la croisée de plusieurs champs, et pris dans un mouvement en développement rapide, le rapport des usagers aux services publics numériques est ainsi demeuré dans un angle mort, et n’a fait l’objet que de peu de travaux d’enquête précis – hormis la thèse d’Éric Dagiral (2007) et plus récemment celle de Clara Deville (2019).

Dans le cadre de cette présentation, l’on voudrait par conséquent tenter d’éclairer cet angle mort, en se demandant ce que le processus de dématérialisation des services publics, tel qu’il s’est jusqu’à présent développé, fait de et à l’usager : en mettant en en évidence les spécificités de la dématérialisation telle qu’elle s’est faite, en interrogeant ses effets sur la relation administrative et les enjeux qu’elle soulève, en particulier au regard du régime d’obligation qui en structuré le développement.

Séance 4 : Les professionnels face aux technologies numériques. Évolution des pratiques dans le champ de la santé, de l'autonomie et de l’accès aux prestations (1er décembre 2020)

Présentation de la séance :

En tant que rouages essentiels des organisations du soin, de la protection sociale et de prise en charge de l'autonomie, les professionnels apparaissent comme les principaux usagers des technologies numériques. Ils sont en première ligne dans le processus d’expérimentation et d’appropriation des nouveaux outils et les nouvelles pratiques qui en découlent. Les technologies en question recouvrent des aspects larges comme par exemple la télésanté permettant une prise en charge à distance des patients ; le traitement automatique des données par des algorithmes informatisés qui se constituent en outils d’aide à la décision pour l’établissement du diagnostic et la définition des protocoles de traitement ; l’informatisation des services d’accès aux prestations pour fluidifier la relation de service et accroitre les capacités et traitement des demandes ; la constitution d’outils numériques de collaboration et de médiation pour maintenir des liens entre les professionnels du care.

Cette séance propose un questionnement autour des transformations majeures qui concernent les pratiques des professionnels dans une « société numérique » (Compiègne, 2011). En tant qu’usagers en première ligne, il est tout d’abord intéressant de construire une analyse faisant part conjointement des usages étendus et des non-usages, des mésusages ou des usages limités de ces nouveaux outils sans négliger des effets de réticence face aux injonctions à leur utilisation. Caractériser des situations souvent contrastées doit aider à comprendre leur appropriation par les professionnels. Ensuite, lorsque ces technologies s’encastrent dans les activités quotidiennes, il est important de revenir sur les transformations endogènes qu’elles induisent dans les corps de métier. En particulier, l’attention doit se porter sur la manière dont les technologies numériques permettent et impliquent de nouveaux modes de collaboration entre des acteurs ayant des secteurs d’attache propres. Ainsi, l’objectif est d’aborder l’usage de ces technologies sous l’angle de la modification des identités et des pratiques afin de saisir comment les cadres de l’activité évoluent et se reconfigurent. Au-delà du questionnement principal sur les potentiels gains en efficacité promis par les technologues, cette séance est l’occasion d’une réflexion large sur les nouvelles formes d’interactions ou la redéfinition des frontières entre les professionnels. On peut ainsi se questionner autour de l’émergence de phénomènes de complexification de l’activité, entrainant à leur tour une intensification de la charge de travail et un brouillage des identités et des collectifs précédemment institués.

Enfin, si les technologies numériques peuvent déboucher sur des pratiques améliorant l’accompagnement et le soin, on est aussi en droit de se demander si elles ne participent pas directement à la construction d’une nouvelle bureaucratie socio-sanitaire du fait de l’inflation de règles, de normes et de procédures destinées à organiser la coordination administrative des professionnels. A ces interrogations s’ajoute une dimension normative des outils et des injonctions à les mobiliser dans le quotidien sans qu’ils ne soient toujours explicités et faciles d’accès.

« L’appropriation de l’IA en santé : de quelques enjeux de recherche en sociologie », Gérald Gaglio, professeur des Universités (Université de Nice) et Jean-Sébastien Vayre, chercheur post-doctorant (Université de Nice)

Résumé : Dans cette présentation, nous donnerons de premiers éléments témoignant de la manière dont l’« intelligence artificielle », entendue comme un construit sociohistorique, mais aussi comme un appariement d’outils informatiques et d’algorithmes, est appropriée dans le champ de la santé, en France. Pour ce faire, nous commencerons par décrypter la partie du rapport Villani (2018) « Donner du sens à l’IA », consacrée à la santé (« la santé à l’heure de l’IA »). Cette partie donne en effet à voir comment les pouvoirs publics, au plus haut sommet de l’État, s’emparent de cette problématique et les espoirs qu’elle suscite. Ensuite, une cartographie exploratoire des applications de l’IA en santé sera présentée, afin d’envisager l’horizon des possibles, mais aussi l’espace des promesses, du côté principalement des acteurs technomarchands, c’est-à-dire des chercheurs et des professionnels qui conçoivent ces applications. Ces deux premières étapes nous permettront d’en arriver à l’identification de tensions, de pistes de recherches et finalement de types d’enquêtes à mener à l’avenir sur ces réalités empiriques en émergence.
Référence rapport Villani : rapport

« Les travailleurs sociaux face aux demandes d’aide aux démarches administratives dématérialisées », François Sorin, chargé de recherche à Askoria, doctorant au laboratoire CREAD (Université Rennes 2)

Résumé : Des systèmes d’information aux pratiques de communication à distance, les technologies numériques sont présentes dans les différentes dimensions de l’activité des professionnels du travail social, et peuvent constituer autant des supports que des objets de l’intervention socio-éducative, sous le double rapport de la médiatisation et de la médiation numérique. Les recherches, peu nombreuses, sur les pratiques numériques des professionnels du travail social décrivent des usages contrastés selon les secteurs d’intervention, les lieux et les publics accompagnés.
Parallèlement, mais indépendamment des usages numériques plus ou moins développés au sein de leurs équipes et de leurs institutions, les travailleurs sociaux doivent à présent composer avec les différents usages et non-usages numériques de leurs publics. Dans un contexte où s’instituent les exigences numériques de la vie sociale, les professionnels sont amenés à se préoccuper des effets comme des causes des difficultés numériques rencontrées par les personnes qu’elles accueillent ou accompagnent.

À ce titre, les demandes d’aide numérique adressées aux travailleurs sociaux par les personnes mises en incapacité d’accéder à leurs droits sous l’effet de la dématérialisation des démarches administratives ont constitué un motif d’intéressement massif du champ du travail social à la question « numérique ». Comment les travailleurs sociaux perçoivent-ils cette évolution de leur travail ? Comment prennent-ils en charge les difficultés numériques dans le cadre de la relation d’aide ?

Les évolutions liées au numérique peuvent se saisir à travers les différents rapports des professionnels aux supports et interfaces qui constituent leur environnement sociotechnique sur les terrains de pratiques, mais également à travers la manière dont se reconfigurent les enjeux socio-éducatifs et les « raisons d’agir » des professionnels dans la relation avec les publics. Dans quelle mesure la place donnée ou prise par les technologies numériques dans les pratiques professionnelles et l’attention portée aux usages numériques des personnes accompagnées renvoient-elles à l’intégration des instruments numériques dans les environnements de travail ? Et dans quelle mesure cette place est-elle liée à l’actualisation des dimensions axiologiques de la pratique professionnelle - la protection, l’autonomie et l’émancipation – dans une société « devenue » numérique ?

«  Télémédecine. Les multiples transformations des pratiques professionnelles et de la relation de soin  », Alexandre Mathieu-Fritz, professeur des université en sociologie (Université Paris-Est Marne-la-Vallée)

Résumé : Jusqu’à l’épidémie de Covid-19, la mise en œuvre de la télémédecine paraissait difficile, voire entravée par des politiques sanitaires peu ambitieuses : il a fallu attendre septembre 2018 pour que les actes de téléconsultation soient remboursés par l’Assurance maladie. Mais le lent développement de la télémédecine s’explique aussi par les bouleversements des pratiques professionnelles et de l’organisation des soins qui l’accompagnent. Pour beaucoup de praticiens, la télémédecine jouit d’un statut flou et suscite des interrogations et des problèmes pratiques inédits. Alexandre Mathieu-Fritz propose une analyse sociologique du développement de la télémédecine depuis les années 2010 consistant à adopter le point de vue des professionnels de santé qui l’expérimentent. Dans sa présentation, il s’appuiera principalement sur deux terrains d’enquête : un dispositif de télémédecine reliant un hôpital gériatrique à un centre hospitalier universitaire et un dispositif extrahospitalier de téléconsultation en santé mentale. Ce faisant, il lèvera le voile sur le déroulement des consultations à distance, lors desquelles les praticiens sont privés d’éléments cliniques cruciaux fondés habituellement sur le toucher, la vue rapprochée et l’audition fine, et se confrontent ainsi à des transformations profondes de la relation thérapeutique, mais aussi de la dynamique de la coopération entre professionnels et de la division du travail.

Pour des raisons de confidentialité des éléments présentés, l’intervention d’A. Mathieu-Fritz n’est pas disponible en vidéo.

alexandre.Mathieu-Fritz@univ-mlv.fr

Références de l’intervention :

- Gérald Gaglio, Alexandre Mathieu-Fritz, « Les pratiques médicales et soignantes à distance. La télémédecine en actes » (présentation du dossier), Réseaux, vol. 36, n°207, janvier-février 2018, (pp. 9-24).

- Alexandre Mathieu-Fritz, Gérald Gaglio, « À la recherche des configurations sociotechniques de la télémédecine. Revue de littérature des travaux de sciences sociales », Réseaux, vol. 36, n°207, janvier-février 2018, (pp. 27-63).

- Alexandre Mathieu-Fritz, « Les téléconsultations en santé mentale. Ou comment établir la relation psychothérapeutique à distance », Réseaux, vol. 36, n°207, janvier-février 2018, (pp. 123-164).

- Alexandre Mathieu-Fritz, « Le processus d’infrastructuralisation de la télémédecine et de la télésanté : vers une endogénéisation des dispositifs dans les standards existants ? » in K. Chatzis, G. Jeannot, V. November, P. Ughetto (sous la dir.), Du béton au numérique : le nouveau monde des infrastructures, Peter Lang, 2017, (pp. 327-344).

- Laurence Esterle, Alexandre Mathieu-Fritz et Pierre Espinoza, « L’impact des consultations à distance sur les pratiques médicales. Vers un nouveau métier de médecin ? », Revue française des affaires sociales, 2011/2, n° 2-3, (pp. 63-79).

- Alexandre Mathieu-Fritz, Laurence Esterle, David Smadja et Pierre Espinoza, « Télémédecine et gériatrie. La place du patient âgé dans le dispositif de consultations médicales à distance du réseau Télégéria », Gérontologie et société, 2012/2, n°141, (pp. 117-127).

- Alexandre Mathieu-Fritz, Laurence Esterle et Pierre Espinoza, « Les téléconsultations médicales en gérontologie », Soins gérontologie, n°93, janv./février 2012, (pp. 23-27).

- Alexandre Mathieu-Fritz et Laurence Esterle, « Les transformations des pratiques professionnelles lors des téléconsultations médicales. Coopération interprofessionnelle et délégation des tâches », Revue française de sociologie, 2013/2, vol. 54, (pp. 303-329).

- Laurence Esterle, Alexandre Mathieu-Fritz, « Teleconsultation in geriatrics : Impact on professional practice », International Journal of Medical Informatics, 2013, n°82, 2013, (pp. 684-695).

- Alexandre Mathieu-Fritz, « La télémédecine et les nouvelles formes de coopération entre médecins et soignants », Soins (Elsevier), n°810, novembre 2016, (pp. 31-34).

- Alexandre Mathieu-Fritz [à paraitre], Le praticien, le patient et les artefacts. Genèse des mondes de la télémédecine, PSL Presses des Mines.

Numéro de la revue Réseaux (janvier-février 2018) :

- Gérald Gaglio, Alexandre Mathieu-Fritz (Présentation)
    Page 9 à 24 Les pratiques médicales et soignantes à distance. La télémédecine en actes.

- Alexandre Mathieu-Fritz, Gérald Gaglio (Dossier : La télémédecine en actes)
    Page 27 à 63 : À la recherche des configurations sociotechniques de la télémédecine. Revue de littérature des travaux de sciences sociales.

- Jeannette Pols
    Page 65 à 94 : Fabuleuses webcams. Regards actifs et technologies invisibles.

- Annemarie van Hout, Dick Willems, Marike Hettinga, Jeannette Pols.
    Page 95 à 121 : Pourquoi les attentes suscitées par la télésurveillance sont souvent déçues. Étude ethnographique d’un dispositif de télésuivi infirmier en soins palliatifs.

- Alexandre Mathieu-Fritz
    Page 123 à 164 : Les téléconsultations en santé mentale. Ou comment établir la relation psychothérapeutique à distance.

- Gérald Gaglio
    Page 165 à 195 : Échec et « potentialités collatérales » d’une expérimentation en télémédecine d’urgence.

- Anne Mayère
    Page 197 à 225 : Patients projetés et patients en pratique dans un dispositif de suivi à distance Le « travail du patient » recomposé.

 

  • 1. https://solidarites-sante.gouv.fr/systeme-de-sante-et-medico-social/e-sante/sih/tsn/article/le-programme-territoire-de-soins-numerique-tsn
  • 2. CF (Chevallier et Tauber 2017)
  • 3. https://solidarites-sante.gouv.fr/systeme-de-sante-et-medico-social/masante2022/

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