RFAS-2-2002 - Sans-logis et squatters - Auto-organisation et mobilisation collective - Résumés

Les mobilisations et protestations collectives en faveur des SDF : quelques jalons dans l’histoire récente

Julien Damon

Cet article à visée descriptive, appuyé sur une série d’observations empiriques et de données collectées à diverses sources, porte sur la caractérisation rapide du « mouvement social contre l’exclusion » et sur la description des mobilisations collectives qui ont lieu dans ce cadre, notamment autour et au nom des SDF. Autour et avec des associations emblématiques comme le DAL (Droit Au Logement) et le CDSL (Comité Des Sans-Logis), un ensemble d’actions protestataires particulièrement voyantes et médiatisées s’est étendu ces dernières années. Il s’agit ici de revenir sur l’histoire de ces mobilisations.

Heurs et malheurs d’une mobilisation inattendue : le mouvement des squatters de Bordeaux

Muriel Villeneuve

Le mouvement des squatters à Bordeaux constitue une expérience particulière dans sa composante institutionnelle ainsi que dans le jeu qui s’instaura entre celui-ci et les pouvoirs publics. Au sein d’un squat autogéré dont les leaders entretenaient des rapports étroits avec des acteurs extérieurs au mouvement politiques ou associatifs a émergé une association, la Coordination SDF, porteuse d’un projet en matière de traitement social de la question des SDF. Lorsque les pouvoirs publics apportèrent des réponses concrètes à leurs revendications en leur proposant l’animation, qu’ils acceptèrent, de deux structures d’accueil de SDF : les résidences sociales, ils furent pris en étau entre le groupe de squatters qui refusait cette institutionnalisation et qui s’en sentait exclus et les acteurs extérieurs. Bien que cette expérience ait pris fin et que les structures aient été confiées à une association reconnue et les anciens co-équipiers remerciés, elle reste riche en enseignements sur les capacités et ressources de certains squatters.

À quoi servent les squats ? Compétences des acteurs et ressources des lieux

Florence Bouillon

Sans minimiser les souffrances réelles des acteurs comme les phénomènes macro sociaux de production des inégalités, il semble aujourd’hui opportun, face aux discours dominants structurés tour à tour par l’inquiétude ou la compassion, de rappeler que les individus en situation de grande précarité disposent également de ressources et de compétences. L’observation de squats à Marseille, c’est-à-dire de lieux fermés vacants, occupés illégalement par des personnes sans domicile, nous donne à voir la très grande diversité des trajectoires de squatters, et parallèlement des types de squats qu’ils mettent en place. Mais au-delà, travailler sur les squats permet de bénéficier d’un analyseur particulièrement pertinent des savoir-faire et ces savoir dire à l’œuvre dans des espaces pourtant marqués par la fragilité, voire la violence et la délinquance. À la lumière de ce que sont les difficultés que rencontrent les squatters pour squatter, des capacités qu’ils mettent en œuvre pour les dépasser et des aptitudes tant pratiques que cognitives qu’on peut alors identifier, on comprend que squatter peut être lu comme un acte de résistance, collectif ou individuel, à l’exclusion du logement. Il paraît dés lors crucial que la collectivité n’ignore pas ces aspirations et ces compétences, et invente, avec elles, de nouvelles formes de l’action.

Des raisons individuelles de la mobilisation collective de SDF

Julien Damon

Cet article à visée analytique et théorique, renseigné aux sources de la littérature sociologique consacrée aux mouvements sociaux, porte sur l’évaluation et l’explication de la participation des SDF à des mobilisations et des protestations. Il s’agit ici d’analyser les raisons de l’implication de certains sans-abri dans des actions collectives entreprises et soutenues par des associations particulières. On s’inspirera des travaux français et anglo-saxons, classiques et plus récents, généraux et plus spécifiquement dédiés aux questions des SDF et des homeless.

L’action sociale et les squatters

Pascal Noblet

À la suite d’une enquête administrative à l’initiative de la Direction de l’Action sociale, un groupe de travail réunissant des agents de l’État, des représentants d’entreprises publiques, d’associations de solidarité et des intervenants sociaux a produit en 1999 un rapport qui constitue à ce jour le seul document à caractère officiel consacré aux squats. Ce rapport tente une première approche de l’importance nationale du phénomène et distingue entre les squats selon leur plus ou moins grande perméabilité à l’action sociale. L’orientation générale du rapport défend la perspective d’une disparition progressive des squats grâce à la mise en œuvre d’un accompagnement social des squatters dans la durée. Dans cette optique, le squat devient, sous certaines conditions, un sas vers l’insertion. L’article détaille les diverses préconisations du rapport en matière de gestion de l’ordre public, de conciliation du droit de propriété et du droit au logement, et de réponse aux revendications parfois formulées par les squatters dans les champs de l’habitat, de l’hébergement et de l’action sociale. Son auteur s’efforce également de répondre à certaines critiques adressées au rapport depuis sa parution.

Frottements ignorants : l’institution et les squats. Point de vue de la FAPIL

Marc Uhry

Le squat est principalement une forme contrainte d’auto-organisation des sans abris. Derrière une réalité méconnue et des représentations plus ancrées que justifiées, les squats sont un révélateur de la manière dont les limites des dispositifs en place conditionnent l’enfermement d’individus, voire de groupes sociaux, dans un mode de survie pénible pour eux, comme pour la collectivité. En l’occurrence, la Justice, le secteur social et l’exécutif contribuent chacun (faute d’outils adéquats et de principes conducteurs cohérents) à l’enlisement de situations, qui sont déplacées sans être résolues et qui privent les principaux concernés de marges de manœuvre individuelles. La possibilité pour les personnes de participer à l’évolution de leur situation passe par une transformation de leur environnement institutionnel et, au-delà des réformes techniques, par un élargissement des logiques qui guident le travail des différents acteurs concernés.

Moderniser le viager

Férial Drosso

L’utilisation du patrimoine immobilier des personnes âgées sous la forme de la vente en viager peut être vue comme un outil de gestion du risque vieillesse. Cette transaction suscite cependant en France des réticences fortes parce qu’elle interrompt un projet d’accumulation patrimoniale et de transmission. Cela ne devrait pas interdire de réfléchir à ce que pourrait être un contrat de vente en viager débarrassé des pesanteurs liées aux conditions historiques et juridiques de son élaboration, et ceci pour au moins quatre raisons. Premièrement les taux de remplacement des retraites baisseront probablement à l’avenir, le recours à l’épargne personnelle sera alors sans doute nécessaire ; conserver son patrimoine et le transmettre intact sera peut-être, à l’avenir, un luxe hors de portée. Deuxièmement, indépendamment de l’avenir des retraites, il subsiste aujourd’hui en France des poches de pauvreté dans la population âgée, pauvreté paradoxale puisque ces personnes âgées sont souvent propriétaires. Troisièmement, à l’examiner sans tenir compte de la charge émotionnelle qu’il véhicule, le viager résout les deux problèmes majeurs des personnes âgées : ressources et logement. Quatrièmement, l’expérience américaine d’une part et l’analyse des blocages en France, d’autre part, montrent l’intérêt que pourraient revêtir une intervention des pouvoirs publics et une institutionnalisation du viager.

Quel filet de sécurité pour la santé ? Une approche économique et organisationnelle de la couverture maladie universelle

Michel Grignon

La loi de couverture maladie universelle a instauré un droit à l’accès aux soins. Ce dispositif sera principalement évalué sur sa capacité à transformer le recours aux soins de ses bénéficiaires. Les évaluations quantitatives porteront sur une comparaison entre la situation avant la CMU et la situation postérieure à la loi. On propose ici des pistes pour une évaluation complémentaire, comparant le dispositif en vigueur à des formules alternatives visant le même objectif. Trois alternatives sont envisagées : une CMU servie par un opérateur unique, afin de réduire tout risque d’écrémage, une prestation de solvabilisation à l’achat d’un contrat de complémentaire, afin d’augmenter la liberté de choix de l’assuré, enfin l’organisation de réseaux de professionnels de santé en concurrence, afin de faire émerger une fonction de gestion du risque.

Éléments de contexte et enjeux du « Stakeholder pension », le nouveau plan de retraite individuel du « New labour »

Michèle Lelièvre

Dès son accession au gouvernement en 1997, les travaillistes ont engagé une vaste réforme du système des retraites au Royaume-Uni dans la lignée des orientations des législatures conservatrices. Le désengagement de l’État du financement des pensions est confirmé ainsi que l’encouragement à la responsabilité individuelle. Si la soutenabilité des finances publiques britanniques à long terme n’est pas entamée du fait de contraintes démographiques moins fortes qu’ailleurs et des modifications paramétriques entreprises 20 ans plus tôt, sans réforme le Royaume-Uni est exposé en 2025 à un risque de paupérisation accrue des retraités.
Face à l’échec des grandes réformes conservatrices lancées en 1996 et en 1995, le projet de Tony Blair doit convaincre qu’il pourra redonner du pouvoir d’achat à une population croissante de futurs bénéficiaires qui ont aujourd’hui des carrières de plus en plus fluctuantes et donc des revenus irréguliers et souvent modestes. À cet égard, la promotion du « Stakeholder pension » - un nouveau plan de retraite individuel du « New Labour » présenté comme étant flexible, sécurisé et bon marché en raison de la limitation légale de ses coûts de gestion, tient dans l’ensemble du dispositif un rôle stratégique. Le gouvernement travailliste cherche ici à adapter le système de retraites, à la fois dans ses composantes publiques et privées, aux nouveaux enjeux économiques et sociaux qui ont émergé avec la généralisation de la flexibilité du marché du travail outre-Manche. Le papier présente les enjeux du « Stakeholder Pension » dont le succès ne peut être assuré que grâce à celui de la réforme du contrôle engagé en même temps et du développement d’un consumérisme actif outre-Manche.