Les professions de santé et leurs pratiques

Ce premier numéro de l’année présente un panorama des professions de santé et de leurs pratiques, abordant différentes questions, comme celle des évolutions démographiques, des salariés dans le secteur hospitalier et des recours urgents ou non programmés à la médecine de ville. Certaines professions sont examinées de manière plus détaillée au travers d’une étude sur les trois premières années de carrière des infirmiers et d’une autre sur les revenus libéraux des chirurgiens-dentistes, des infirmiers et des masseurs-kinésithérapeutes. Enfin, une revue de la littérature internationale tente de cerner les effets des systèmes de paiement prospectif, dont celui de la tarification à l’activité (T2A), sur la qualité des soins.

S’appuyant pour l’essentiel sur les données du répertoire Adeli au 1er janvier 2005, Daniel Sicart dresse un portrait de quelques professions de santé : médecins, pharmaciens, chirurgiens-dentistes, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes et sages-femmes. Pour chacune d’entre elles, il examine les évolutions démographiques, la composition par âge et par sexe, les comportements de mobilité, les structures et les modes d’exercice et les répartitions régionales. Il apparaît notamment que, entre 1990 et 2005, les effectifs des sages-femmes, des infirmières et des masseurs-kinésithérapeutes ont enregistré des taux de croissance proches de 50 %, loin devant les chirurgiens-dentistes (+ 8,3 %), tandis que les effectifs de médecins devraient continuer à croître jusqu’en 2008. Le vieillissement des médecins, des pharmaciens, des chirurgiens-dentistes et des infirmiers laisse prévoir des départs massifs en retraite, qui devraient être plus ou moins compensés par le relèvement du numerus clausus. Enfin, chaque profession de santé connaît, à des degrés divers, des disparités régionales en termes de densité par habitant.

Dans le deuxième article, Marc Collet examine la situation salariale des professionnels des établissements de santé en 2002-2003. L’analyse s’appuie sur les données issues des Déclarations annuelles de données sociales qui permettent notamment de comparer les rémunérations versées dans le public et le privé à but lucratif ou non. La réduction du temps de travail (RTT), mise en place plus tardivement dans la Fonction publique hospitalière, a conduit à des politiques de ressources humaines contrastées en termes d’embauche, d’horaires et d’utilisation des heures supplémentaires. Ces mesures ont eu un impact sur les évolutions annuelles de la masse salariale, ont entraîné un rajeunissement des salariés du public (contrairement au secteur privé) et une diminution des rémunérations annuelles dans les établissements publics. En moyenne, les salariés à temps complet du secteur privé sont moins bien rémunérés que ceux du public, à l’exception des cadres.

Rémy Marquier et Salah Idmachiche proposent ensuite une étude sur les trois premières années de carrière des infirmiers qui sont sortis de formation initiale en 2001. La situation des infirmiers sur le marché du travail apparaît globalement meilleure que celle d’autres diplômés de niveau équivalent : ils accèdent plus rapidement à l’emploi, travaillent moins souvent à temps partiel et connaissent peu l’inactivité ou le chômage ; ils bénéficient également de rémunérations plus avantageuses, même si elles augmentent moins au cours des trois premières années d’exercice.

Nadine Legendre s’intéresse quant à elle aux revenus libéraux des chirurgiens-dentistes, des infirmiers et des masseurs-kinésithérapeutes. Globalement, entre 1993 et 2004, ces professions ont connu des gains de revenus réels (respectivement de +1,3 %, +1,7 % et 0,3 %). Ceux des dentistes et des infirmiers sont en partie liés au développement de leur activité, ceux des masseurs-kinésithérapeutes, aux revalorisations tarifaires. Par ailleurs, une cartographie des revenus libéraux par professions révèle de fortes disparités régionales, avec des écarts de revenus particulièrement marqués chez les dentistes.

À partir d’une enquête réalisée par la Drees en 2004, Marie Gouyon met en évidence sept grands types de recours urgents ou non programmés à la médecine de ville, selon l’âge des patients, la nature du recours et le diagnostic réalisé par le médecin.

Enfin, Frédéric Bousquet, Pierre Lombrail et Anne-Lise Guisset se penchent sur les effets de la mise en oeuvre des systèmes de paiement prospectif sur la qualité et l’accès aux soins. Cette étude est plus particulièrement orientée sur les méthodes d’analyse utilisées dans un certain nombre de travaux empiriques, essentiellement américains. Ces derniers mettent en évidence un impact du financement prospectif sur la diminution de la durée de séjour et l’évolution des modes de prise en charge, mais ne perçoivent pas d’effets négatifs sur la mortalité. Aux États-Unis, le passage au paiement prospectif a provoqué une diminution de l’activité, à l’inverse de la Norvège ou de la Suède où celle-ci a considérablement augmenté. Globalement, la qualité des soins ne semble pas s’être dégradée depuis la mise en oeuvre du paiement prospectif.

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