Les débuts du congé paternité : vécu et représentations

Delphine CHAUFFAUT, Élodie DAVID et Martin VALLET

Depuis le 1er janvier 2002 a été mis en place le congé paternité, congé de 11 jours (18 dans le cas de naissance multiple) accordé aux pères dans les 4 mois suivant la naissance ou l’adoption d’un enfant. Ce congé, soumis au même régime que le congé maternité, entraîne une suspension du contrat de travail et donne lieu à la perception d’indemnités journalières versées par la Sécurité sociale. Quelques contraintes sont liées à la prise de ce congé : le père est tenu d’informer son employeur un mois avant la date de son congé, et les jours doivent être pris de façon consécutive. Cette mesure est valable pour les salariés, l’ensemble de la fonction publique, ainsi que les travailleurs non salariés et les salariés relevant des régimes spéciaux.

Cette mesure, semble-t-il, a déjà remporté un grand succès. Ainsi, un récent bilan des Caisses de Sécurité sociale atteste d’un engouement certain pour le congé paternité ; 4 000 à 5 000 demandes de congés sont enregistrées chaque semaine. Les estimations de Madame Ségolène Royal, portées à 40 % des pères potentiellement concernés lors de l’instauration de la mesure, semblent effectives. Sur l’année 2002, on peut raisonnablement penser que près de la moitié des nouveaux pères pourrait profiter de cette nouvelle loi.

En dehors de cette dimension quantitative, qui témoigne sans doute du fait que la mesure répond à une attente des familles, se posent une série de questions liées à l’évolution de la parentalité, de la famille, du rapport au travail.

Dans le but de mieux comprendre l’expérience vécue par les premières familles pouvant bénéficier du dispositif, la DRESS a souhaité réaliser une étude qualitative auprès des familles ayant eu un enfant entre le 1er janvier et le 1er avril. L’analyse du matériau obtenu éclaire les pratiques et représentations des familles en matière de parentalité et de famille, mais aussi de relation au travail.

Alors que les pères semblent avoir été très nombreux à prendre le congé paternité, il est intéressant de comprendre les motivations des pères qui n’ont justement pas bénéficié de cette opportunité. Sont-ils des pères désinvestis de la paternité, allant à l’encontre de la norme actuelle, ou ont-ils des contraintes leur interdisant de prendre le congé ? Ont-ils des caractéristiques sociologiques ou professionnelles spécifiques ? (Partie I)

Parmi les pères qui prennent le congé, les modalités de son déroulement posent question. Comment les pères ont-ils entendu parler du congé et comment ont-ils pris la décision d’en bénéficier, sous quelles conditions ? Comment ont-ils agi vis-à-vis de leur employeur et comment celui-ci a t-il réagi à cette demande avant, pendant et après le congé ? Qu’ont-ils fait durant cette période, avec leur(s) enfants, leur épouse, d’autres personnes ? (Partie II)

Au-delà de cet idéal-type, nous avions postulé que de nombreux facteurs pouvaient influer sur la vie familiale et professionnelle, et ainsi probablement sur les modalités du congé paternité. Comment la configuration de la famille (un ou plusieurs enfants), la catégorie socio-professionnelle, mais aussi d’autres éléments, comme la présence proche de famille élargie ou non, les modes de répartition des tâches au sein du couple peuvent modifier le déroulement ou les conséquences du congé paternité ? (Partie III)

Enfin, il est intéressant de mesurer l’opinion des familles sur cette nouvelle législation, leurs satisfactions et leurs frustrations, mais aussi les représentations qui découlent de cette nouvelle pratique. Comment ce congé est-il perçu : comme une avancée sociale, comme une concession aux mères, comme un plus pour les pères ? Est-il la reconnaissance d’un nouveau rôle du père, ou n’est-il qu’une mesure « poudre aux yeux » ? Quel rôle joue-t-il dans la construction de la famille, du couple parental ? A-t-il un impact sur la conception des pères de l’équilibre de leur vie familiale / professionnelle ? (Partie IV).

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