Jeunes diplômés de médecine générale : devenir médecin généraliste… ou pas ?

Géraldine Bloy

Les enseignements du suivi d’une cohorte d’une cinquantaine d’anciens internes
(2003-2010)

Il n’y a pas d’équivalence automatique entre le nombre de généralistes diplômés et ceux qui pratiquent effectivement la MG quelques années plus tard. Le phénomène n’est d’ailleurs pas neuf, mais a fait l’objet d’une prise de conscience récente. Une recherche conduite entre 2002 et 2004 sur la transmission de la MG lors du stage chez le praticien, par entretiens approfondis auprès des généralistes seniors comme des stagiaires accueillis dans les cabinets révélait déjà un devenir des internes de MG extrêmement ouvert et incertain. D’où l’idée de suivre la cinquantaine des jeunes médecins pour observer la manière dont se déroulait leur insertion professionnelle et leur parcours, en MG ou ailleurs, au-delà de l’obtention de leur titre de médecin généraliste. Ce suivi de cohorte analyse les itinéraires et le devenir professionnel de 51 jeunes diplômés de médecine générale, rencontrés à 2 ou 3 reprises en cinq ans, dans une approche qui articule les apports de divers champs de la sociologie (du travail et de l’emploi, de la jeunesse et des générations, des rapports de genre, des carrières et parcours de vie).

L’auteur construit une typologie (des « fidèles » aux parcours linéaires conformes aux intentions annoncées, aux « reconvertis engagés » engagé dans une pratique qui éclipse toutes les autres, en passant par les « parcours incertains » ou différentes formes de « réorientations ») qui regroupe finement ces parcours. Par-delà la restitution et l’analyse des itinéraires observés, le rapport passe le matériau au crible de trois questions essentielles : le renouvellement de la MG ; le lien formation/emploi chez les jeunes diplômés ; les effets du genre parmi eux.
Des évolutions majeures sont en cours, que l’on considère la discipline MG, sa reconnaissance et son institutionnalisation, ou les dispositions et inflexions de parcours des jeunes praticiens. Mais la convergence de ces divers mouvements est loin d’être acquise. S’ils n’ont indéniablement jamais été aussi bien préparés et formés à la MG, les jeunes diplômés n’y sont pas forcément convertis. Une dizaine de personnes de la cohorte sont néanmoins installées en MG, celles-là sont-elles généralistes à la manière de leurs aînés ? Les observations sont en faveur d’un renouvellement bien tempéré plutôt que d’un effet de génération majeur qui tournerait le dos aux façons de pratiquer anciennement établies en MG libérale.

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