À la veille du deuxième confinement, plus de la moitié des personnes infectées par la Covid-19 étaient détectées

La DREES publie une étude inédite permettant d’estimer les taux d’hospitalisation des individus infectés par le SARS-CoV-2 au cours de la première vague de l’épidémie de Covid-19 mais aussi la capacité de détection du système de dépistage de la Covid-19 par RT PCR depuis son déploiement fin mai 2020.

2,7 % des personnes infectées par le Sars-CoV-2 au cours de la première vague ont été hospitalisées

Les données sérologiques issues de l’enquête EpiCoV, enquête épidémiologique française conçue pour être représentative en population générale, ont permis d’estimer le nombre de personnes infectées en France lors de la première vague de l’épidémie, soit 4,5 % de la population [1]. Sur la même période, les données issues de la base SI-VIC ont permis de fournir le nombre d’hospitalisations pour cause d’infection par le Sars-CoV-2. Le croisement de ces deux sources de données permet d’estimer le taux d’hospitalisation des personnes infectées par le Sars-CoV-2 au cours de la première vague. Ce taux est estimé à 2,7 % parmi les individus infectés de 15 ans ou plus résidant en France métropolitaine, à l’exclusion des personnes résidant en Ehpad.

Le taux d’hospitalisation pour Sars-CoV-2 augmente avec l’âge, varie selon le sexe et la zone géographique

Le taux d’hospitalisation pour infection au Sars-CoV-2 augmente exponentiellement avec l’âge, passant de 0,3 % chez les 15-29 ans, à 2,2 % chez les 50-59 ans, jusqu’à atteindre 22,6 % chez les 70 ans ou plus (hors Ehpad). Ce dernier taux semble très élevé et son estimation pourrait manquer de précision étant donné le faible effectif de personnes testées positives dans le cadre de l’enquête EpiCoV dans cette catégorie d’âge. Quelle que soit la classe d’âge, le taux d’hospitalisation est systématiquement plus élevé chez les hommes, avec un écart particulièrement marqué chez les plus âgés. Il varie également selon la zone géographique, atteignant 3,4 % dans le Nord [2] contre 1,7 % dans le Sud, ce qui peut être en partie dû au fait que les personnes infectées dans la zone Nord sont globalement plus âgées et pourraient présenter davantage de comorbidités.

6 330 000 personnes de 15 ans et plus auraient été infectées en France depuis le début de l’épidémie

Le nombre réel de nouvelles contaminations n’est pas connu : en effet, les tests virologiques n’ont pas été disponibles dès le début de l’épidémie, et depuis leur déploiement ils ne permettent de détecter qu’une partie des personnes contaminées car toutes ne se font pas tester. Les résultats positifs de ces tests donnent donc une sous-estimation du nombre réel de contaminations [3]. L’estimation du nombre de contamination peut s’effectuer indirectement, via l’observation au cours du temps du nombre de personnes hospitalisées. En faisant l’hypothèse que les taux d’hospitalisation observés lors de la première vague de l’épidémie sont restés stables au cours du temps, on estime ainsi que depuis le début de l’épidémie, environ 6 330 000 personnes de France métropolitaine de 15 ans ou plus, résidant hors Ehpad, auraient été infectées par le Sars-CoV-2, ce qui représente 12,0 % de cette population.

Plus de la moitié des personnes infectées par le Sars-CoV-2 sont détectées

En rapportant l’estimation du nombre de personnes infectées au nombre de personnes testées positives, on peut donner une estimation de la capacité du système de détection des cas de Covid-19 pour les individus de 15 ans et plus, hors Ehpad. Celle-ci a augmenté depuis l’été, passant de 12 % en juin à 31 % en juillet-août, 45 % en septembre/début octobre et 59 % mi-octobre/fin-novembre.

La capacité de détection est surestimée si les taux d’hospitalisation appliqués le sont aussi. Il est possible que les taux d’hospitalisation des personnes infectées aient varié au cours de l’épidémie du fait d’une dynamique d’infection différente entre les deux vagues, ou encore d’une évolution de la prise en charge à domicile faisant diminuer le recours à l’hospitalisation.

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« À la veille du deuxième confinement, le système de dépistage détectait plus de la moitié des personnes infectées par la Covid 19 SARS-CoV-2 : mise en cohérence des données françaises de dépistage (SI-DEP), de contamination dans les établissements médico-sociaux (COVID-19 EHPAD/EMS), d’hospitalisation (SI-VIC) et de sérologie en population générale (EpiCov) »
Auteurs : Vianney Costemalle, Noémie Courtejoie, Albane Miron de l’Espinay, Équipe EpiCov*

* Josiane Warszawski et Nathalie Bajos coresponsables scientifiques, Xavier de Lamballerie, Laurence Meyer, Alexandra Rouquette, Florence Jusot, Ariane Pailhé, Alexis Spire, Claude Martin, Muriel Barlet, Philippe Raynaud, Aude Leduc, Patrick Sillard, François Beck, Nicolas Paliod, Nathalie Lydié, Delphine Rahib

[1L’enquête EpiCoV a été élaborée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et la DREES, en collaboration avec Santé publique France et l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Les résultats de la première vague de l’enquête ont été publiés le 9 octobre 2020 « En mai 2020, 4,5 % de la population vivant en France métropolitaine a développé des anticorps contre le SARS-CoV-2 »

[2Le Nord est ici défini comme le regroupement des régions Hauts-de-France, Normandie, Île-de-France, Centre-Val-de-Loire, Bourgogne-Franche-Comté et Grand-Est et le Sud comme les régions Bretagne, Pays-de-la-Loire, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte-D’azur et Corse.

[3Au 20 décembre 2020, Santé publique France enregistre 2 473 354 cas confirmés.